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Critiques / Théâtre

RISK de John Retallack

par Marie-Laure Atinault

Le nouveau spectacle du duo Eva Vallejo et Bruno Soulier à ne rater sous aucun prétexte !

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Dans la multitude des spectacles qui nous sont proposés, le problème du choix devient crucial, c’est pour cela que le suivi d’une compagnie est une démarche, non seulement de fidélité mais d’apprentissage, sur leur travail.

Le travail de Bruno Soulier et Eva Vallejo est de ceux que l’on suit pas à pas. A chaque spectacle qu’ils présentent leur rapport au monde se défini, se peaufine avec ce regard qu’ils portent sur le monde comme un miroir sur notre société, plus parlant que les millions d’images dont nous abreuvent tous les média.
Nous nous demandions à quel voyage la compagnie Interlude TO allait nous convier après La ballade des noyés.

Eva Vallejo est toujours en quête de nouveau texte, Risk de l’auteur anglais John Retallack la passionne. John Retallack a réalisé des entretiens avec des jeunes. Puis avec sa compagnie, Compagny of Angels, il passe à la scène.
Le plateau est dans l’obscurité, trois garçons et deux filles se jettent avec frénésie sur des vêtements. Ces nippes, chiffons, survêtements, blousons, seront comme des armures dérisoires pour affronter le monde, comme les uniformes d’appartenance à un groupe. Le spectacle commence par « les instructions aux Baby-sitters en temps de paix ». Ils forment un chœur pour énoncer les risques et les dangers. Au début, on rit, puis on est glacé par l’absurdité de certaines recommandations. Chaque choriste, en une pirouette, rejoint son nouveau rôle. Les corps se mêlent, se frôlent, attirés comme des aimants ou ne se supportent plus. Des personnages émergent, il y a ce garçon qui ne peut pas sortir de chez lui. Son téléphone mobile et sa boîte mail sont comme les cordons ombilicaux qui le relient au monde. Il y a cette jeune fille d’un milieu bourgeois, prête à endurer les pires humiliations pour appartenir à ce groupe de jeunes révoltés qui sont des voyous. Puis il y a ceux qui ne savent pas où diriger leur pas, ils ne savent pas quoi faire de leur jeunesse qui est un fardeau à leur sens.

Le texte de John Retallack présente des portraits taillés à la serpe ou au cutter, mettant an avant la gravité de ces enfants, qui ne sont plus des enfants mais qui ne sont pas encore totalement des adultes. Ils sont mal à l’aise dans leur corps en mutation, dans ce no man’s corporel en friche, de cette passation de l’état d’enfant à l’adolescence qui est parfois douloureuse. Les repères changent, où les carcans socioculturels deviennent insupportables. Ils sont 5 jeunes en quête identitaire. Le désir d’appartenir à un groupe est plus fort, même si pour y parvenir il faut subir l’imbécillité d’un bizutage. Refuser de quitter son appartement exprime une angoisse indicible. Dans un environnement où la notion de risque devient tabou, où tout est sécurisé, banalisé, parfois aseptisé, comment aborder, affronter le risque.

Dans ce nouvel opus du travail passionnant de la compagnie, la musique de Bruno Soulier est naturellement présente. La musique n’a jamais eu la place d’accompagnement mais de personnage à part entière, de pierre angulaire de la mise en scène d’Eva Vallejo, car c’est un travail à deux têtes et quatre mains. La mise en scène s’apparente à une chorégraphie hypnotique de ces corps, de ces esprits en révolte totale avec les autres et surtout avec eux mêmes. La musique de Bruno Soulier est envoûtante, alternant une ballade triste et mélancolique avec des moments forts et entêtants. Mélancolie et fulgurance voilà comment on pourrait qualifier cette nouvelle partition qui accompagne longtemps après les saluts. La mise en scène correspond parfaitement bien au credo de la compagnie qui est l’étroite relation entre la musique et le théâtre. RISK est un oratorio, la poésie de ce chœur alterne avec la crudité d’une violence étrange. Les cinq comédiens sont formidables, étonnants dans leur capacité à danser, bouger, chanter avec la frénésie du désespoir, avec la force et parfois la légèreté d’un ange égaré.

RISK de John Retallack
Conception Eva Vallejo et Bruno Soulier
Mise en scène Eva Vallejo
Musique Bruno Soulier
Créateur des lumières Philippe Catalano
Avec Lyly Chartiez, Marie-Aurore D’Awans, Gwenaél Przydatek, Henri Botte, Gérald Izins
DU 13 au 21 Mars au théâtre Paris Villette
www.interlude-to.fr

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