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Critiques / Théâtre

Quand je serai grande de Catherine Hauseux

par Gilles Costaz

Portraits de femmes, portraits de mères

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« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir… tu seras un homme, mon fils », écrivait Kipling. « Tu seras une femme, ma fille », pastiche la comédienne-auteur Catherine Hauseux, en alignant les obligations et les obligations que les femmes doivent affronter pour mener leur vie dans un monde dominé par les hommes et éduquer leurs enfants. En fait, Catherine Hauseux a mené une enquête à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, interrogé plusieurs dizaines de femmes, et construit à partir de ces confessions quatre personnages de femme qu’elle joue elle-même – quatre mères de milieu modeste, dont l’âge va de 18 à 92 ans. C’est la transmission des règles de conduite qui est au centre du spectacle. « Comment se fait-il qu’aujourd’hui, dans l’éducation que je donne à mes enfants, je cherche inconsciemment à "armer" davantage ma fille que mon fils ? », se demande Catherine Hauseux dans le texte qu’elle a écrit sur son spectacle. Cette exploration des rapports différents qu’ont les mères avec leurs filles d’un côté et leurs fils de l’autre nourrit ce qui est avant tout des portraits de personnalités simples et contrastées.
Le décor est strié par les cordes à linge. Les personnages viennent étendre ou reprendre leur lessive en parlant. Pour chaque individualité, Catherine Hauseux se change en un clin d’œil. Elle est élégante, elle est souillon, elle est jeune, elle est âgée. La comédienne construit ces quatre figures dans une grande impression de sincérité et de vérité. La mise en scène très serrée de Stéphane Daurat, en la limitant aux gestes les plus quotidiens pour mieux la projeter dans la force et la variété du texte, ne lui donne pas d’échappatoire. Cette fille issue d’une famille étrangère, cette femme de la petite bourgeoisie, ces deux autres personnages, il faut qu’ils soient saisis au vif, dans leur mouvement le plus visible comme dans leurs aveux les plus profonds. C’est ce que réussit, d’une manière touchante et avec un grand talent d’artiste, Catherine Hauseux, d’autant plus exacte qu’elle a su réécrire pour elle la parole des femmes qu’elle a rencontrées et dépasser l’image documentaire, allant jusqu’à faire vivre, intensément, des types de notre société.

Quand je serai grande… tu seras une femme ma fille de Catherine Hauseux d’après des entretiens avec des habitantes de Villeneuve-Saint-Georges, mise en scène et scénographie de Stéphane Daurat, lumière de Jean-Luc Chanonat, graphisme de François Kenesi et Guillaume Niquet, avec Catherine Hauseux.

Essaïon, 21 h le lundi, jusqu’à la fin janvier, tél. : 01 42 78 46 42. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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