Accueil > Pyrénées de Victor Hugo

Critiques / Théâtre

Pyrénées de Victor Hugo

par Gilles Costaz

Un voyageur sachant voyager

Partager l'article :

Quand le théâtre de Poche était dirigé par Etienne Bierry et Renée Delmas, on voyait régulièrement Julien Rochefort et Sylvie Blotnikas dans des pièces de cette dernière. C’était toujours un enchantement. Aujourd’hui, au Lucernaire, l’équipe se reforme mais au profit de Victor Hugo. Sylvie Blotnikas a adapté un récit de voyage de l’écrivain et mis en scène Julien Rochefort, seul en scène, dans la simplicité du jeu théâtral la plus totale, presque sans accessoire (juste l’habit des temps romantiques) et sans décor. Champions du sac à dos et des chaussures de montagne, ne vous prenez pas pour des pionniers. Hugo et pas mal d’autres (Dumas, Flaubert, etc.) sont partis se balader à travers la France et le monde, assez indifférents à l’inconfort de leur époque. Hugo avait les moyens de se payer les hôtels qu’il voulait mais, voyageur sachant voyager, il marchait beaucoup et supportait les soubresauts des malles-poste où il n’avait pas toujours la chance d’être installé à côté d’une voyageuse non revèche. Cet été de 1943, il hésite puis choisit les Pyrénées. Il n’est pas seul mais, dans son récit, il ne parlera pratiquement pas de son accompagnatrice, Juliette Drouet. Il passe par Bayonne et Biarritz, entre en Espagne, boude les lieux fréquentés pour flâner à Pasages et revient en France, découvrant Gavarnie et traversant à nouveau Bayonne. Une terrible nouvelle, dans un journal, le frappe sur la route du retour : sa fille, Léopoldine, son mari se sont noyés à Villequier, en Normandie...
Julien Rochefort n’a peut-être pas une grande ressemblance avec le Hugo de 41 ans mais il s’empare de ce texte avec une douceur, une délicatesse, un ton tranquille mais aimant, une passion du concret des mots et une rêverie hantée par la beauté qui font de lui un magnifique double théâtral de l’écrivain. Si le vrai Hugo tonne, dénonce, s’emballe – c’est le maître de l’antithèse, on le sait -, le faux Hugo de Julien Rochefort suggère, caresse, détaille, polit, ouvre en douceur les tiroirs. Il semble ne rien préméditer mais la drôlerie bondit tout à coup, les portraits-charges d’Hugo prennent forme sans qu’on ait vu arriver le noir du lavis. En finissant sur la nouvelle de la mort de Léopoldine, Sylvie Blotnikas donne à cette heure voyageuse une fin bouleversante. Mais la soirée est surtout un vagabondage où un acteur très original fait renaître un monde disparu et une écriture fraîche dont l’encre n’est pas sèche.

Pyrénées ou Le Voyage de l’été 1843 de Victor Hugo, adaptation et mise en scène de Sylvie Blotnikas, avec Julien Rochefort.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 8 octobre. (Durée : 1 h 10).

Photo Fabienne Rappeneau.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.