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Pyka Puppet Estival

par Dominique Darzacq

Le Théâtre de l’Atalante à l’heure de la marionnette

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De chiffon, de bois, d’ombre ou de lumière, à gaines ou à fils, la marionnette ces temps-ci tient le haut du pavé parisien. A peine le rideau tombe-t-il (le 30 mai) sur la Biam (Biennale Internationale des arts de la marionnette, qu’il se lève (du 4 au 11 juin) au Théâtre de l’Atalante avec Pyka Puppet Estival.

Créée et dirigée par Alain Alexis Barsacq, cette petite salle, creusée au pied du Théâtre de l’Atelier, qui se veut lieu de rencontres ouvert à la pluralité des formes, s’affiche également comme l’escale des créateurs sans domicile fixe. Ce que fut Grégoire Calliès lorsqu’il quitta en 2012 la direction du TJP de Strasbourg dont il fit un haut lieu de la marionnette et où il mit sur orbite le Festival Les Giboulées de la marionnette. Si aujourd’hui sa compagnie, Le Pilier des Anges-Théâtre du Chemin creux, est en résidence à Fontenay sous-bois, il n’en reste pas moins artiste associé au Théâtre de l’Atalante où il présenta plusieurs spectacles notamment un Don Quichotte révélateur du souci de mettre la marionnette au service des grands textes. C’est donc en toute complicité avec Alain Alexis Barsacq qu’est mis sur orbite le Pyka (main, en russe) Puppet Estival dont le but est de « légitimer la marionnette et le théâtre d’objets comme art majeur du XXIème siècle ». C’est-à-dire démontrer, en six spectacles coup de cœur, que la marionnette parle de tout et à tous les publics, qu’elle n’est pas réservée au seul domaine de l’enfance, qu’elle ressort d’un art pluridisciplinaire et en perpétuel mouvement et recherche. « Nous avons entre les mains un moyen exceptionnel de raconter des histoires et le monde » explique Grégoire Calliès qui fait sienne la remarque de Claudel, « la marionnette n’est pas un acteur qui parle, c’est une parole qui agit ».

Pour cette première édition, ont été réunis à l’affiche ceux, d’ici et d’ailleurs, qui furent les premiers à bousculer les frontières et à œuvrer au renouvellement du paysage de la marionnette contemporaine. C’est Pierre Blaise et son Théâtre sans toit qui s’empare des écrits de Stanislavski autour d’Othello pour s’interroger et nous interroger sur la manipulation, « qui est manipulateur, qui est manipulé ? » ( Le dernier cri de Constantin spectacle de marionnettes à gaines - 6 juin).

« Qui manipule qui ? Qui met en scène et qui joue ? L’interprète et la marionnette sont aussi indissociablement liés que l’homme et son doute, la chair et la peau, le comédien et son rôle » nous dit pour sa part François Lazaro avec Acte sans paroles 1 de Beckett (effigie sur table, le 7juin), tandis que Jean-Louis Heckel enchevêtre marionnettes, citations et photos pour faire entendre les propos provocateurs de Viktor Schimpferling, illustre marionnettiste biélorusse où, à travers une « conférence marionnettique » intitulée Je hais les marionnettes , il dévoile « l’inquiétante étrangeté » de la marionnette (9 juin). Pour sa part, le russe Evgueni Ibrahimov et ses marionnettes portées nous plonge au cœur du Caucase et de ses légendes avec La Légende du bonheur qui évoque une culture méconnue aussi riche en symboles ancestraux qu’en résonnances contemporaines (10 juin). De son côté, le britannique Stéphen Mottram, grand maître des marionnettes à fils, avec The Seed Carriers , anime un monde kafkaïen, où les humains sont réduits à l’état d’insectes par des créatures géantes qui les exploitent dans une atmosphère qui évoque Guantanamo (11 juin).

Autre illustre marionnettiste invité, le chinois Yeung Faï issu d’une longue lignée de Maîtres marionnettistes en Chine. C’est aux Giboulées de la marionnette, où Grégoire Calliès l’avait invité, qu’il se fit connaître en France avec Scène de l’Opéra de Pékin, spectacle qu’en secret, son père victime de la révolution culturelle, lui avait transmis. Depuis Yeung Faï, qui a raconté son histoire à travers le bouleversant Hands Stories , s’est installé à Paris et a participé à plusieurs spectacles mis en scène par Grégoire Calliès avec qui il réalise son nouveau spectacle Teahouse . Il y raconte le parcours d’un artiste confronté aux changements de culture, de technique et de jeu. A travers les avatars de son héros qu’il fait passer sans coup férir de la Révolution culturelle au karaoké, Yeung Faï « témoigne de l’ajustement permanent des artistes pour survivre et transmettre ».

Avant le Festival mondial de Charleville Mézières où il sera du 25 au 27 septembre, le spectacle donnera, le 4 juin, le coup d’envoi de ce « Pyka Puppet Estival » qui se veut un hommage à l’art de la manipulation en même temps qu’interrogation sur une pratique ancestrale qui a su se régénérer en de multiples déclinaisons.

Pyka Puppet Estival , 6 spectacles présentés chacun 2 fois par jour
Théâtre de l’Atalante du 4 au 11 juin tel 01 42 23 17 29

Photos : Acte sans paroles 1©DR, Teahouse ©DR

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