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Critiques / Théâtre

Pulvérisés de Alexandra Badea

par Jean Chollet

Travailleurs de tous les pays

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Première lauréate du Grand Prix de littérature dramatique, créé par le Centre national du théâtre en 2013, pour ce texte, Alexandra Badea aborde dans Pulvérisés le monde du travail et du capitalisme à l’heure de la mondialisation. Née en Roumanie en 1980, elle vit en France depuis 2003 et écrit dans notre langue “ dans laquelle j’ai pris la liberté de dire les choses qui me dérangent. C’est la langue de ma colère et de ma liberté partagée.”. Elles filtrent à travers les paroles et les situations attribuées aux quatre personnages, qui, sans se connaître, reflètent des conditions de travail en entreprise sources d’un quotidien chaotique. Dans quatre villes, Lyon, Dakar, Shanghai et Bucarest, ils représentent quatre métiers différents et sont identifiés respectivement sous leur appellation de fonction : “Responsable Assurance Qualité Sous-Traitance” (homme), “Superviseur de Plateau /Team-Leader (homme), Opérateur de Fabrication (femme), et “ Ingénieur d’Etudes et de Développement ” (femme). A Lyon, le cadre en assurance voit sa situation familiale s’effriter sous la pression du marketing. A Dakar, le superviseur est victime de la pression de son chef pour atteindre les quotas de rentabilité maximale. A Shanghai, l’opératrice de Fabrication, raconte ses humiliations quotidiennes, et à Bucarest, l’ingénieure d’études souffre pour trouver sa place dans la hiérarchie de l’entreprise.
Quatre voix éloignées qui s’assemblent comme un puzzle, pour un constat global des conditions de travail, qui broient les individus à travers les continents. Au nom de la mondialisation et du profit boursier.

Alexandra Badea, a inscrit ce quatuor dans une succession de vingt-huit séquences courtes, ponctuées de noirs, durant lesquelles chacun vient à tour de rôle exposer son existence parfois insupportable dans une langue vive et percutante, dépouillée de psychologie et de pathos. Une suite de monologues, qui semblent tendus comme un arc jusque dans leurs nuances, pour toucher les consciences. Encore fallait-il porter à la scène cette construction dramatique particulière pour en tirer toute l’essence et les colorations. Un objectif atteint par la mise en scène du duo composé de Aurélia Guillet et de Jacques Nichet, qui, avec rigueur et finesse, articulent les pulsations de cette écriture en gommant le réalisme au profit de glissements poétiques. Ils ont été bien inspirés en appelant deux très bons comédiens, Stéphane Facco, complice de Jacques Nichet à plusieurs reprises, et Agathe Molière dont on connaît le grand talent, qui portent les mots avec densité et sensibilité. Mais ce qui frappe dans cette création, c’est l’association de tous les composants qui concourent à la réussite de la représentation. La scénographie abstraite et ouverte de Philippe Marioge, composée deux pans assemblés comme un livre ouvert, qui reçoivent les créations vidéo finement évocatrices et suggestives de Mathilde Germi, les lumières de Jean-Pascal Pracht et l’univers sonore de Nihil Bordures. Un spectacle (créé en février au T.N.S.) qui affiche l’engagement d’un collectif dans le meilleur esprit du théâtre.

Pulvérisés de Alexandra Badea,(L’Arche Editeur) mise en scène Aurélia Guillet et Jacques Nichet, avec Stéphane Facco et Agathe Molière. Scénographie Philippe Marioge, musique originale Nihil Bordureses, création vidéo Mathilde Germi, lumière Jean-Pascal Pracht, costumes Elisabeth Kinderstuth. Durée : 1 heure30.

Théâtre de la Commune –Aubervilliers jusqu’au 5 avril 2014.

Photo ©Franck Beloncle

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