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Critiques / Théâtre

Protée de Paul Claudel

par Jean Chollet

Drame satyrique et bouffon

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Cette œuvre méconnue de Claudel est aussi une de ses rares pièces témoignant d’un comique pour lequel l’auteur du Partage de midi, de L’Annonce faite à Marie ou du Soulier de satin n’est pas habituellement repéré. Inspiré par Homère et Euripide, il écrit une première version en 1913 - légèrement modifiée en 1926 - de cette farce mythologique. Après un naufrage, la nymphe Brindosier et son groupe de satyres, sont retenus sur l’ile de Naxos par le de Dieu des métamorphoses, Protée. Celui-ci, chargé de veiller sur les phoques et autres animaux marins de Poséidon, recueille également les épaves et objets venus de la mer. Brindosier aspire à quitter l’ile et pense pouvoir s’enfuir avec l’arrivée du navire de Ménélas, roi de Sparte, victorieux de Troie, accompagné de la belle Hélène. Cette dernière fait l’objet d’une usurpation d’identité de la part de la nymphe, qui enseigne à Ménélas les moyens d’obtenir de Protée la libération de son bateau ensablé avec l’aide de Jupiter. Après différentes manipulations du maître des dieux, Brindosier quitte l’ile avec Ménélas, en se faisant passer pour la vraie Hélène, tandis que celle-ci reste un temps avec Protée, qui restera solitaire avant que son ile soit engloutie par les flots. Ainsi s’achève cette bouffonnerie, qui semble avoir été écrite sous l’influence de Dyonisos, dont Claudel affirmait, dans une correspondance à Darius Milhaud, qu’il s’agissait “d’une véritable pitrerie de cirque ”.

Philippe Adrien, auteur d’une version remarquée de L’Annonce faite à Marie en 1990, a su joyeusement changer de registre dans l’œuvre claudélienne. Dans le décor d’Elena Ant, qu’il croise opportunément avec les projections vidéo paysagères de Olivier Roset, il semble animé d’une forme de jubilation qu’il fait partager aux spectateurs. Il fait souffler sur le plateau un vent de douce folie, qui parfois tourne au burlesque, sans pour autant occulter les éclats lyriques portés par la pièce. Avec une excellente interprétation. Eléonore Jonquez, livre avec légèreté et malice les facettes de Brindosier, Matthieu Marie, porte toute la stature brutale et la naïveté de Ménélas, Jean-Jacques Moreau, offre à Prothée des accents clownesques, Marie Micla, est une savoureuse “belle” Hélène et Dominique Gras un très comique un Satyre –Major. Un spectacle en mesure d’aider à lutter contre la morosité ambiante du temps présent.

Protée de Paul Claudel, mise en scène Philippe Adrien, avec Dominique Gras, Eléonore Joncquez, Mathieu Marie, Jean-Jacques Moreau. Décor et costumes Elena Ant, lumières Pascal Sautelet, musique et son Stéphanie Gilbert, vidéo Olivier Roset. Durée :1 heure 15.

Théâtre de la Tempête - Cartoucherie jusqu’au 13 avril 2014.

Photo ©Alejandro Guerrero

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