Prométhée 2077 d’après Eschyle

Drôle d’engeance

Prométhée 2077 d'après Eschyle

C’est bien là la force du mythe que de parler au nom des hommes de tous les temps, de faire sens quelque que soit le contexte, parce que, au-dessus de toutes les contingences, il nous parle de nous. Les Anciens, Eschyle, Hésiode, Homère, possédaient ce talent poétique et philosophique inouï de s’adresser à l’humanité éternelle. Ainsi, depuis 3000 ans, les trésors inépuisables des mythes antiques servent de grille de lecture aux comportements des hommes. C’est dans cette perspective que Jacques Kraemer a entrepris de dénoncer la folie contemporaine qui ronge nos sociétés avides de pouvoir à travers la réécriture du mythe de Prométhée, le dernier des Titans qui a défié Zeus, le chef de l’Olympe en donnant le feu aux hommes auxquels il croyait. Puni pour avoir désobéi et mis en danger le pouvoir en place, il a été condamné au supplice que l’on sait, le foie éternellement mangé par un vautour. Zeus ne décolère pas et veut faire disparaître ces sapiens trop indisciplinés pour les remplacer par un peuple plus docile. A travers le dialogue entre Prométhée et la belle Océ, Io, l’esclave sexuelle de Zeus qu’il transformera en génisse, et Hermès, le messager bellâtre aux pieds ailés et aux ordres du pouvoir, le récit nous apprend les relations conflictuelles qui régissent le monde des dieux, tout aussi intrigant, cruel et corrompu que celui des hommes, un exemple à ne pas suivre. Les hommes ont déçu Prométhée et gaspillé le trésor et la confiance qu’il leur avait donnés ; ils n’ont su que se déchirer et détruire la terre. Dans une mise en scène qui tient de l’oratorio poétique antique, Prométhée (Jacques Kraemer) assis dans la pénombre, les yeux fermés tel un devin aveugle, psalmodie le récit à la manière des aèdes antiques. Dans un cadre en fond de scène, apparaît comme surgie des eaux, Océ la douce qui compatit aux malheurs de Prométhée, puis Io, enfermée dans une cage, sœur de malheur, et enfin Hermès, dans son costume argenté, arrogant envoyé du pouvoir venu pour faire plier Prométhée qui, avant de mourir, prophétise la fin de l’humanité et des dieux. On aurait aimé un texte plus à la hauteur de l’ambition du spectacle et du mythe sur lequel il s’appuie, mais la proposition touche par son originalité et la rigueur de la réalisation.
Prométhée 2077 d’après Eschyle, mise en scène et scénographie Jacques Kraemer avec Roxane Kasperski, Jacques Kraemer, Clément Peltier, Pauline Ribat. Lumières : Nicolas Simonin ; costumes : Anne Bothuon. Durée : 1h.

Festival d’Avignon, Théâtre du Petit Louvre du 8 au 28 juillet.
Téléphone/Réservations : 04 90 86 04 24

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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