Accueil > Prison Possession de et par François Cervantes

Critiques / Théâtre

Prison Possession de et par François Cervantes

par Marie-Laure Atinault

Deux hommes que tout séparent, s’écrivent. Une relation épistolaire singulière entre l’homme des planches et le fils de l’air !

Partager l'article :

L’homme, c’est François Cervantes. Il est à côté d’une petite table. La lumière crue délimite un carré autour de lui. Il s’adresse à nous et nous raconte le jour où on lui proposa une carte blanche pour travailler avec des détenus. Cette démarche correspond au travail qu’il fait avec Catherine Germain. Une recherche insatiable sur le langage théâtral. Il entame une correspondance avec plusieurs détenus. Pas de prêchi prêcha, pas de questions, pas de jugement mais un véritable échange épistolaire. On devrait expliquer et remettre à la mode la correspondance. Le plaisir d’écrire, le choix des mots, la tournure des phrases qui permet parfois de s’arrêter sur un événement, un sentiment et de mieux l’appréhender. François Cervantes retrouve le rythme du courrier, celui d’attendre la réponse. Le contact avec le papier, l’encre, le stylo, le feutre, cette communion entre le papier et l’instrument d’écriture. L’enveloppe, le timbre, les types différents de tracé des lettres. « De toutes ces lettres, une voix se détache, celle d’Éric ».

Debout, une lettre à la main, il dit, vit cette correspondance. Point d’angélisme, Eric est un voleur. Il méritait la sanction de la société. Mais, il faudrait enfin comprendre que la prison n’est pas la solution. Des petits voleurs occasionnels peuvent devenir des durs en côtoyant plus forts qu’eux. Éric écrit bien ces lettres. Elles sont son ballon d’oxygène, sa liberté conditionnelle de l’esprit. Mais un jour Éric craque, il s’enfuit, il n’en peut plus de ne pas voir les siens. Alors il se fait la belle. Il est repris. C’est le cachot. Le désespoir sourd. Le halo de lumière autour de François Cervantes se réduit comme une peau de chagrin, un minuscule carré, comme un timbre.

Le spectacle est si simple, si beau si poignant. Le verbe libérateur, on le souhaiterait. Lorsque la lumière devient plus pale, que l’homme ne peut plus bouger tant l’espace est réduit, notre gorge est si serrée.

Après, lorsque nous retrouvons notre espace et la lumière, oui bien après, on réfléchit au monde carcéral prêt à exploser en France. Un pays civilisé, où les prisonniers sont entassés au mépris de toutes les conventions. Mais ce qu’il y a de pire est que ce problème n’est pas neuf, le chef d’œuvre de Jacques Becker Le Trou en 1960 ou Le Prophète de Jacques Audiard en 2010, parlaient de ce monde de privation.
François Cervantes est le porte parole de ces belles lettres. Avec beaucoup de tact et de talent simple, il ouvre la porte.

Il est également dans le In avec le très réussit Claire, Anton, et eux présenté au Gymnase du Lycée Saint Joseph avec le conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris.
Ces jeunes comédiens jouent ce spectacle choral plein de cœur, et de communion. Ils rencontrent le bon docteur Tchékhov ! L’échange entre les jeunes comédiens, leur culture, leur histoire, est réjouissant.
Ils sont si attachants. Les deux spectacles de François Cervantes font partie de nos coups de cœur !

PRISON POSSESSION
De et par François Cervantes
A partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand
Assisté de Catherine Germain et Xavier Brousse
Son, lumière et régie générale Xavier Brousse
Festival Off Avignon 2017
Gilgamesh Belleville www.11avignon.com
Tél 04 90 89 82 63

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.