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Critiques / Théâtre

Présents parallèles de Jacques Attali

par Gilles Costaz

Les plaisirs de l’"uchronie"

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Irons-nous jusqu’à aimer les pièces de Jacques Attali dont l’intrusion dans le théâtre n’avait pas été très concluante ? Ses Portes du ciel, jouées par Gérard Depardieu, autrefois, étaient une pompeuse évocation de Charles Quint. Voilà qui est plus intéressant avec Présents parallèles, exercice très cérébral, certes, mais qui joue habilement avec le passé, le présent et les pistes que l’Histoire aurait pu suivre mais n’a pas empruntées. Comme Attali ne résiste pas à un mot savant, il lâche en cours de soirée le mot qui lui sert de clef : « uchronie », soit un type de fiction qui réécrit l’Histoire en modifiant le cour du passé. On suppose ici que les nazis ont gagné la guerre en 1944 et ont instauré dans toute l’Europe un régime dictatorial où la liberté d’expression n’est plus qu’une chimère. Un couple d’artistes, où la femme a des pulsions de résistante et l’homme le goût des compromis, cherche à monter une pièce où l’on imagine que les alliés ont vaincu les Allemands en 1945 ! Ils attendent la visite d’un producteur dont l’activité semble des plus troubles…
Jeu sur le temps, jeu sur la sexualité (le producteur est homosexuel et les relations prennent de nouvelles directions), jeu sur les vérités historiques : Attali s’amuse à un exercice cérébral brillant qui a parfois le défaut de se dérouler en tranches, comme si l’on passait de façon trop évidente d’un chapitre à l’autre. Ainsi l’on a droit à tout un développement sur les comédiens qui ont ou pas collaboré pendant l’occupation, plutôt bien vu mais asséné de manière assez gratuite. L’ensemble semble vouloir associer l’incertitude pirandellienne et les spirales mathématiques d’un Robbe-Grillet. Cela peut dérouter mais crée une stimulation plaisante, aiguisée par une mise en scène très joueuse de Christophe Barbier. Marianne Basler donne une présence charmeuse, sincère et émouvante au rôle de la comédienne. Jean Alibert est méchant et ambigu à souhait. Xavier Gallais est tout de suite étonnant, mais il a fort à faire avec les lourdeurs de son personnage. La soirée est belle pour les amateurs de jonglerie intellectuelle.

Présents parallèles de Jacques Attali, mise en scène de Christophe Barbier, scénographie de Pascal Crosnier, lumières de Christophe Barbier et Paul Hourlier, avec Jean Alibert, Marianne Basler et Xavier Gallais.

Théâtre la Reine blanche, 20 h 45, tél. : 01 40 05 06 96, jusqu’au 3 novembre. (Durée : 1 h 20).

Photo Pascal Gely.

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