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Critiques / Théâtre

Premier Amour de Samuel Beckett

par Gilles Costaz

Passion degré zéro, ou presque

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« Ce qu’on appelle l’amour, c’est l’exil avec de temps en temps une carte postale du pays, voilà mon sentiment ce soir. Je connaissais mal les femmes, à cette époque. Je les connais toujours mal d’ailleurs. Les hommes aussi. Les animaux aussi. » Ainsi parle le personnage de Premier Amour en un lieu désert où il fait tournoyer son expérience, bien maigre, bien limitée, des femmes. Sacré Beckett ! Il n’y a pas, bien entendu, le moindre romantisme dans son récit, et la sensualité est réduite à des sensations contées de manière hagarde et minimale. Ici, la passion est à son degré non pas zéro mais à un niveau infinitésimal.
Ce texte n’a pas été écrit pour le théâtre. Récemment, certains acteurs, comme Jean-Quentin Châtelain et Sami Frey, ont pris le risque de le porter à la scène, avec justesse. A présent, Jacques Fontaine en fait une mise en scène centrée sur le comédien Christophe Collin. La tête coiffée d’un chapeau melon, vêtu d’un long imperméable, l’acteur joue un errance presque joyeuse. On entend parfaitement chaque mot. C’est bien interprété. Mais il y a trop de malice dans le jeu. Beckett doit rester un auteur incertain, où le sens est suspendu, où l’humour est derrière la scène et non au premier plan. Que l’écriture de l’auteur d’En attendant Godot passe par le comique pour atteindre le tragique, c’est incontestable et cette équipe a raison de prendre cette direction. Mais l’équilibre n’est pas trouvé. C’est un équilibre plus instable qu’il faut mettre en scène.

Premier Amour de Samuel Beckett, mise en scène de Jacques Fontaine, lumières de Dominique Breemersch, avec Christophe Collin.

Les Déchargeurs, 19 h 30, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 30 septembre. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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