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Critiques / Opéra & Classique

Plus vain que ridicule

par Christian Wasselin

Inspiré lointainement de Dostoïevski, un opéra qui porte peu à rêver est représenté à l’Athénée.

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IL Y A CINQUANTE ANS, le genre de l’opéra était décrété moribond. Depuis quinze ou vingt ans, au contraire, les créations se multiplient : tous les genres, toutes les durées, tous les effectifs sont permis, c’est heureux, et les lieux dans lesquels est accueilli l’opéra ne se limitent pas aux scènes lyriques. L’Athénée, merveilleux théâtre pourvu d’une vraie saison lyrique (on se souvient d’une mémorable Ariane à Naxos par l’ensemble Le Balcon), accueille ainsi Je suis un homme ridicule du compositeur Sébastien Gaxie (né en 1977, élève notamment d’Emmanuel Nunes et Marc-André Dalbavie au Conservatoire de Paris), dont le livret, signé Volodia Serre qui signe aussi la mise en scène), s’inspire d’une manière relâchée de la nouvelle de Dostoïevski Le Rêve d’un homme ridicule.

Il est difficile de rendre compte de manière synthétique de cet opéra, tant celui-ci est composé de scènes qui se succèdent sans construction affirmée ni effet de boucle. La forme est ici linéaire : devant un pupitre, un comédien, Lionel Gonzalez (pourvu d’un micro, on se demande bien pourquoi au départ), s’annonce comme un personnage ridicule. Soit. Il évoque ses tourments, quand survient un chanteur (Lionel Peintre) qui, dans une espèce de parlé-chanté rudimentaire, l’invite à voyager dans son rêve. Le rideau se lève, et apparaissent de part et d’autre de la scène les musiciens de l’ensemble 2e2m.

On retrouve là, d’une certaine manière, le couple Faust-Méphistophélès, qui en l’occurrence arrive dans un pays où les habitants, incarnés par six membres de l’ensemble Musicatreize, chantent leur bonheur et l’harmonie du monde. À la fois Hare Krishna et tribu amérindienne de parodie, ils évoluent dans un cercle où est figuré un paysage avec rivière, montagne, etc. Au centre, imperturbable, le chef Pierre Roullier dirige musiciens et chanteurs. Une caméra permet de voir en gros plan, sur un écran, les mains des personnages traînant dans la rivière ou sur le sable. Tout à coup, le comédien conçoit qu’il a apporté le poison (de la civilisation ?) dans ce monde pur et parfait, et notre communauté entonne des rythmes martiaux. Subtilement, sur l’écran, sont alors projetées des images de foules, de guerre, d’ordinateurs, etc. Le vacarme se poursuit car tous les chanteurs sont eux aussi amplifiés. Certes, des bruits sont ajoutés via des haut-parleurs, mais la polyphonie n’est plus que confusion, sans qu’on puisse mettre en avant l’alibi d’un traitement du son particulièrement élaboré par une quelconque technologie révolutionnaire.

Puis tout s’arrête. Le comédien se met à prêcher et tout le monde tire la morale de l’histoire : « Aimez-vous les uns les autres ».

Décrit ainsi, l’ouvrage paraît bref, mais en réalité les scènes n’en finissent pas, la musique se perd, quelques timbres instrumentaux se dégagent furtivement du maelström général, et on se désole que les interprètes, tous excellents, se soient égarés dans un spectacle aussi réglé mais aussi vain. S’il y a une intention poétique, une allusion métaphysique ou une beauté musicale cachée dans Je suis un homme ridicule, elle nous a échappé.

Photographie : Sébastien Gaxie

Sébastien Gaxie : Je suis un homme ridicule, livret et mise en scène de Voldia Serre. Lionel Peintre, baryton ; Lionel Gonzalez, comédien ; Ensemble Musicatreize, Ensemble 2e2m2e2m, dir. Pierre Roullier. Théâtre de l’Athénée, du 25 février au 4 mars 2017.

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