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Portraits / Théâtre

Piotr Anderszewski, le sage du piano

par Olivier Olgan

Aux antipodes de tout esprit de performance

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Aux antipodes de tout esprit de performance, le pianiste Piotr Anderszewski souhaite d’abord interroger le mystère des partitions. Pour une véritable quête de soi.

Rencontrer ou écouter Piotr Anderszewski, c’est suivre le cheminement à la fois exigeant et libéré d’un artiste conscient de la fragilité des choses mais comblé par ce supplément d’humanité que les compositeurs lui donnent : « C’est la musique qui vous choisit, aime-t-il dire dans un sourire presque pour s’excuser d’un répertoire volontairement ramassé : Bach et Mozart d’abord, Beethoven, Schumann, Chopin et enfin son compatriote Szymanowski (pour l’essentiel enregistrés pour Virgin Classics) « Je joue les compositeurs qui me parle, sur lesquels je peux apporter une lumière nouvelles. Bach recèle de telles profondeurs que l’on peut aller toujours plus loin. » Et il le prouve avec ses récentes ‘Suites anglaises 1.3 & 5’ de Bach (qu’il a enregistré chez Warner classics plus de 12 ans après les Partitas) à la fois limpides et clairvoyantes, tendues et nourrissantes.

La place chaque note

Capable d’interroger et de trouver la place de chaque note, le pianiste polonais installé à Paris -où nous l’avons rencontré- s’est fait une réputation d’intransigeance au clavier. Tant l’enjeu du contrôle l’obsède. Pour cette raison, il redoute le concert – « l’œuvre m’échappe alors et ne m’appartient plus, cela reste un moment traumatisant » - et peaufine méticuleusement ses enregistrements dont il maitrise la production de bout en bout : » on cherche quelque chose qui recrée paradoxalement une spontanéité la plus vivante que possible ». Sa conversation ne se laisse ni dompter par la facilité des mots, ni enfermer dans une tour d’ivoire construite sur une conception éthérée de la musique. Au contraire. Il revendique « avoir besoin de la confrontation avec l’instrument pour les incarner en faisant un son, et leur donner une vie physique ».

Et quelle vie jaillit de ses doigts ! « Une interprétation est une question d’énergie, de cette énergie vitale qui permet de produire un son expressif. 90% du concert se passe dans la tête. » Quand un artiste parle de musique en termes d’alchimiste, l’intériorisation a déjà franchi un au-delà qui distingue un grand artiste d’un interprète. Piotr Anderszewski est de cette race, tentant inlassablement de s’approcher au plus près du mystère de la création. Même si c’est au prix parfois de se brûler les ailes. Tant d’exigences peu parfois être annihilante. Il y a peu si une interprétation lui échappait dans un concert, le perpétuel insatisfait n’hésitait pas à la reprendre en bis ! Il reconnait depuis un certain assagissement, « je suis devenu plus flexible » avoue-t-il.

Une aventure sur soi-même

S’il se défend d’être héritier d’aucune école - l’éclectisme de ses professeurs l’atteste et l’adoube parmi les grands : Bashkirov, Fleisher, Perahia et Ts’ong - la quête de l’absolu – quand la virtuosité est fabuleuse - n’est rien d’autre qu’une aventure sur soi-même. C’est pour cette raison même qu’il ne faut pas rater ses récitals notamment samedi 24 mars au Théâtre des Champs Elysées. Il y jouera toute sa vie d’interprète. Tout en attendant beaucoup de vous : « Le public est co-créateur d’un concert. Il y a une énergie qu’on donne et qui vous revient. »

28 mars : Théâtre des Champs Elysées

27 juin : Festival de Nohan

20 juillet : Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon

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