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Critiques / Théâtre

Ping pang qiu d’Angélica Liddell

par Jean Chollet

Un amour impossible

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Pour sa troisième année de présence au Festival d‘ Avignon, la brûlante artiste espagnole Angélica Liddell, révélée au public français en 2010 avec un spectacle choc La Caza de la fuerza, revient avec deux nouvelles créations inspirées par la Chine. Aux côtés de Todo el cielo sobre la tierra (El sindrome de Wendy), celle –ci est abordée avec fascination et amour pour le“ Pays du Milieu”, appellation évoquant une civilisation majeure au centre du monde. Mais au cours de l’élaboration et l’expérimentation du spectacle, une réflexion personnelle décale la thématique originale retenue pour parler de “l’extermination du monde et de l’expression ”.

Angelica Liddel est partie à Shanghaï en 2012 pour faire l’apprentissage de l’alphabet chinois et confronter ses relations intimes avec le pays. Il en résulte, dans cette quête d’amour comblant d’autres vides, “ le besoin de parler de tout ce qui anéantit la Chine ”. Elle l’amorce dans une référence à la “ Ping – Pong Diplomacy ”, échange sportif de tennis de table entre les Etats-Unis et la Chine au début des années soixante-dix, couvrant une “hypocrisie politique” confortée par la visite de Nixon en 1972. Retour à l’époque du Grand Timonier, au petit livre rouge bible du communisme à la chinoise et de la Révolution culturelle dont surgissent les fantômes, ou évoque sans paroles l’étudiant de la place Tian’anmen à Beijing, seul face aux chars de “l’Armée populaire de libération” en 1989 L’occasion aussi pour Angélica, de régler ses comptes avec les intellectuels maoïstes français aveuglés à ses yeux par la propagande chinoise. Elle rêve d’une Chine qui n’existe plus en s’appuyant sur le mythe d’Orphée et d’Eurydice, suggéré par des extraits de l’opéra de Gluck.

Sous une perruque turquoise et dans sa robe rouge Angelica Liddell, dénonce ou stigmatise - parfois avec une certaine naïveté - les révoltes et les indignations qu’elle porte en elle. Au – delà du seul aspect politique, elle aborde plus largement les oppressions de la condition humaine sujette aux atteintes à la liberté et aux humiliations. Elle le fait à sa manière en associant performance, musiques, chorégraphies, texte et images traversés de fulgurances révélatrices à même de servir son propos, parfois aux limites de la provocation. Mais toujours avec une énergie saisissante et une sincérité qui suscite l’empathie.

Entourée de deux comédiens, d’une comédienne … et d’une chienne, le spectacle trouve une forme de conclusion dans un repas sur la table de ping-pong où les protagonistes sont plus écœurés qu’affamés, rejetant de manière symbolique de nombreuses bouchées de nouilles chinoises sur le sol. La Chine d’aujourd’hui est évoquée à travers la trajectoire d’une musicienne, ayant vécu enfant la Révolution culturelle. Invitée à participer au spectacle, elle dû renoncer à la suite de menaces policières proférées jusque dans une salle de répétition madrilène. Comme le constate Angelica Liddell “Plus tu aimes la Chine, plus tu es triste ”.

@Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon

Ping pang qiu, texte, mise en scène, scénographie et costumes, Angélica Liddell, avec Fabián Augusto Gómez Bohórquez, Lola Jiménez, Angélica Liddell, Sindo Puche, et la chienne Kyra. Lumière Carlos Marquerie, son Antonio Navarro, maquillage et coiffure Yvette Faustino. Durée 1 heure 45. En langue espagnole surtitrée en français. En tournée, au Théâtre Saint Gervais de Genève du 29 octobre au 2 novembre 2013 et au Teatro Circo à Murcie (Espagne) le 23 janvier 2014.

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