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Critiques / Théâtre

Pierre Brasseur et les Enfants du paradis de Daniel Colas

par Gilles Costaz

Naissance d’un chef-d’oeuvre sous l’occupation

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Brasseur parle de Brasseur. Dans cette parentèle on a le sens de la dynastie et le sang chaud, car l’on n’est pas tiède chez les Brasseur, qui ont toujours brûlé les planches et les écrans. Alexandre a eu l’idée de se souvenir en public de son grand-père Pierre et de l’épopée des Enfants du paradis de Marcel Carné. Il a demandé à Daniel Colas d’écrire un texte historique et d’être son metteur en scène dans cette évocation où revit une aventure à la fois connue et inconnue. Colas a attrapé tout ce passé, fouillé dans les témoignages (Pierre Brasseur a laissé un livre de souvenirs, Ma vie en vrac) et bien des documents, et il a fait parler l’acteur qui joue Frédérick Lemaître dans ce grand tohu bohu tourné en pleine occupation, en 1943. Voilà donc Pierre Brasseur en scène qui se rappelle cette année-là. Il est en train de peindre, car il taquine le pinceau comme il a taquiné les femmes à prendre sans perdre de temps. D’ailleurs, il y a un modèle nu, dans un coin de la pièce, qui prend la pose, s’éclipse et revient. Les anecdotes s’enchaînent : Prévert est un anarchiste bien connu, qui écrit à la barbe du pouvoir nazi ; Carné est plus prudent ; le décorateur Alexandre Trauner et le compositeur Joseph Kosma sont juifs. Tout ce monde-là travaille en Provence, clandestinement ou à découvert, selon les moments et les urgences. A force de patience, en renversant une montagne d’obstacles, Carné, son équipe, ses acteurs (Arletty qui, elle, n’a pas de problème avec les nazis, elle s’affiche avec un Allemand, Barrault, Herrand, Renoir…) tournent le film. Et c’est un triomphe … à la Libération.
Alexandre Brasseur s’est fait la tête et la voix du grand-père. C’est une grande gueule qui prend la parole, sapé par un grand-couturier, mais faubourien dans l’accent et l’assurance. Il cogne, ne prend pas de gants, se moque, envoie paître les mensonges et les clichés, s’emballe, nous emballe. Alexandre Brasseur retrouve la grande voie et la haute voix de la famille et de ces comédiens populaires qui, depuis Frédérick Lemaître le héros des mélos, ne se ménagent pas et ne trichent pas. En modèle dévêtu, Cléo Sénia n’est qu’une apparition, mais elle assure la touche de sensualité chère aux conquérants des planches et des baignoires. Daniel Colas et Alexandre Brasseur ouvrent une bien belle fenêtre dans le passé du cinéma.

Pierre Brasseur et les Enfants du paradis, écrit et mis en scène par Daniel Colas, d’après une idée d’ Alexandre Brasseur, assistanat de Stéphanie Froeliger, décors de Jean Haas, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, lumières de Kevin Daufresne, musique de Stéphane Green et Éric Marchand, vidéo d’Olivier Bemer, avec Alexandre Brasseur, Cléo Sénia.

Petit Saint-Martin, 19 h ou 21 h selon les jours, tél. : 01 42 08 00 32. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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