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Critiques / Théâtre

Piège mortel d’Ira Levin

par Gilles Costaz

Polar rétro

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La pièce d’Ira Levin eut son heure de gloire puisque Sidney Lumet en tira un film en 1982. Voilà que Gérald Sibleyras en tire une adaptation qui en conserve le côté rétro, comme pour composer un homme au roman noir de la grande époque : on y tape à la machine avec des doubles obtenus avec du papier carbone, on ne téléphone que sur des fixes, les écrivains envoient leurs textes par la poste et l’on ne fait des photocopies qu’en un seul exemplaire. Tout cela favorise l’entreprise machiavélique du personnage principal, l’auteur de théâtre Sidney Brown : il a reçu dans son courrier le manuscrit d’une pièce écrite par un ancien élève et ce drame policier est si réussi qu’il est urgent de voler ce texte et de faire disparaître le véritable auteur. Bien que cela ne plaise guère à son épouse, Sidney Brown invite le jeune homme dans leur maison un peu isolée, avec l’intention de faire passer de vie à trépas ce rival très doué. Mais le stratagème cache une autre manipulation que l’innocente épouse ne voit pas venir. Pour qui le piège sera-t-il mortel ? Peut-être pas pour la victime programmée.
Il est dommage qu’Ira Levin ne tienne pas en ligne droite son sujet du manuscrit volé qu’un auteur tente de s’attribuer indûment (thème beaucoup traité au cinéma, mais toujours passionnant). Les voies qu’il emprunte ensuite sont plus banales et moins savoureuses. Aussi Eric Métayer n’arrive pas à composer une mise en scène enchaînant surprise sur surprise comme il l’avait fait avec Les 39 Marches. Il mène l’action sur un tempo moins nerveux. Les acteurs sont parfaits dans l’ambiguïté : Nicolas Briançon (qui parvient à enchaîner dans la soirée une pièce de Sarraute au Poche, à 19 h, et ce polar au La Bruyère à 21 h !) est très subtil dans l’expression sournoise et trouble d’un caractère crapuleux ; Cyril Garnier, échappé du duo Garnier-Santou, affiche une décontraction et une souplesse féline délectables. Virginie Lemoine endosse un rôle secondaire dans une jolie discrétion amusée. Les scènes de violence sont paradoxalement très plaisantes, parce qu’elles cassent les codes de ce que l’on voit généralement au théâtre. Mais on aimerait plus d’étonnement et de raffinement dans l’écriture et la construction des événements.

Piège mortel d’Ira Levin, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène d’Eric Métayer, lumières de Gaëlle de Malglaive, décor d’Olivier Hébert, costumes de Cécile Adam, son de Vincent Lustaud, avec Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Virginie Lemoine, Marie Vincent et Damien Gadja.

La Bruyère, 21 h, tél. : 01 48 74 76 99. (Durée : 1 h 40).

Photo Laurencine Lot.

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