Accueil > Phèdre de Racine

Critiques / Théâtre

Phèdre de Racine

par Jean Chollet

Les fureurs de l’amour

Partager l'article :

Souvent représentée depuis sa création le 1er janvier 1677 à l’Hôtel de Bourgogne, sous le titre Phèdre et Hippolyte , cette tragédie, en cinq actes et en vers de Racine, compte parmi les monuments du répertoire classique. Son intrigue, empruntée à Euripide et à la mythologie grecque, est devenue familière et emblématique de la complexité des passions amoureuses. Dans son palais de Trézène au cœur du Péloponnèse, Phèdre, fille de Minos et Pasiphaé, épouse de Thésée, roi d’Athènes parti à la guerre depuis plusieurs mois, éprouve une passion dévorante et secrète pour son beau-fils Hippolyte. Croyant son époux mort, et encouragée par sa nourrice Œnone, Phèdre s’ouvre de ses sentiments au jeune homme, qui la rejette et lui avoue son amour pour la princesse Aricie. Le retour de Thésée entraine la mort d’Hippolyte, suite à un combat avec un monstre marin, et celle de Phèdre, torturée par sa tragédie intérieure et qui n’a plus de raison de vivre. “ Tout ce que j’ai souffert, mes craintes, mes transports/ La fureur de mes feux, l’horreur de mes remords”. Dans sa préface Racine mentionne sa définition du personnage : “ Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. ”.

Nouveau directeur du Théâtre du Nord Lille Tourcoing, Christophe Rauck , après la réussite d’un Marivaux lumineux , Les Serments indiscrets , en janvier 2013, aborde Racine pour la première fois. Il le fait avec intelligence, gommant les époques pour ouvrir sur une résonance contemporaine, dans une forme proche d’un conte imaginaire cauchemardesque. Mais, en exprimant les tensions et fractures des personnages, il fait surtout entendre la beauté du verbe racinien, libérant les alexandrins de parasites ampoulés, tout en s’attachant à respecter leurs rythmes. Dans l’espace ouvert composé par Aurélie Thomas, faisant avec légèreté référence au XVIIème siècle, avec toiles peintes ou tapisseries suspendues et empilage dressé d’armures métaphoriques, l’ensemble des comédiens expriment avec une belle densité les ressorts et blessures qui animent leurs personnages. Parmi eux Cécile Garcia Fogel est une Phèdre brûlante, souffrante et désorientée, traduisant par son engagement corporel “ l’état d’agitation qui la met hors elle même”, et Jean-François Garel, un Hyppolyte rebelle et tourmenté à souhait. A leurs côtés, Olivier Werner, donne toute la dimension d’un Thésée, qui pour son retour de guerre surgit du plancher en armure avec un heaume de minautore, et Nada Strancar, donne avec finesse à Œnone toutes les facettes complexes de sa personnalité. Un spectacle cohérent de bout en bout, portant un souffle tragique avec tonicité et liberté.
Le spectacle vu à sa création au TGP Saint Denis est actuellement à l’affiche du Théâtre du Nord

Phèdre de Jean Racine, mise en scène Christophe Rauck, dramaturgie Leslie Six, avec Camille Cobbi, Cécile Garcia Fogel, Flore Lefebvre de Noëttes ,Nada Strancar, Pierre-François Garel, Julien Roy, Olivier Werner. Scénographie Aurélie Thomas, lumière Olivier Oudiou, costumes Coralie Sanvoisin, son David Geffard . Durée 2 heures.
Théâtre du nord CDN de Lille du 5 au 23 novembre

Photos ©Anne Nordmann

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.