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Critiques / Opéra & Classique

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy

par Caroline Alexander

Toujours en abstractions chorégraphiées et voix éthérées

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En attendant la création très attendue d’un nouveau Don Carlos de Verdi programmé début octobre (par Warlikowski et avec Jonas Kaufmann), l’Opéra National de Paris a fait revivre des productions anciennes. Après Cosi fan tutte de Mozart et La Veuve Joyeuse de Franz Lehár (voir WT 5837 et 5841 des 15 & 19 septembre) le retour de Pelléas et Mélisande, l’unique opéra de Claude Debussy, coche la sixième reprise de l’emblématique mise en scène de Robert Wilson qui redéploye à nouveau les froides géométries de ses lumières et la gestique chorégraphiée de ses interprètes sur le plateau de l’Opéra Bastille.

Ce chef d’œuvre singulier composé sur un texte du poète belge Maurice Maeterlinck (1862-1949), figure de proue du symbolisme littéraire est qualifié par certains d’anti-opéra. Ce qu’il n’est pas. Il est tout simplement différent de ce que l’on voit ou entend d’habitude dans les traditions du théâtre lyrique. Tout s’y passe dans un ailleurs aux contours indécis, un monde flottant peuplé de personnages hors du temps qui ouvre grandes, les portes du rêve. Les mots et les notes fusionnent dans une sorte d’au-delà que les metteurs en scène apprivoisent selon leurs imaginaires. A Nantes Emmanuelle Bastet en faisait un huis-clos familial (WT 4071 du 28 mars 2014), à l’Opéra Comique de Paris, Stéphane Braunschweig en extrayait une poésie cérébrale (WT 2364 du 28 juin 2010), Éric Ruf au Théâtre des Champs Elysées en faisait brasiller noirceurs et mystères (WT 5693 du 12 mai 2017).

Robert Wilson l’a acclimaté à la griffe haute couture de ses éclairages et aux postures figées de ses mises en scène habituelles. L’amour, épicentre de l’histoire, y est conjugué comme une abstraction.

Restent aux interprètes à lui donner chair. Ce que, une fois de plus, Elena Tsallagova réussit en grâce absolue par sa silhouette flexible comme un brin d’herbe, ses aigus éthérés, son médium de satin, son impeccable diction et son jeu souvent malicieux. Succéder à Stéphane Degout qui fut le dernier Pelléas maison est forcément un enjeu difficile. Etienne Dupuis, baryton canadien, n’en a pas le charisme, mais sa présence ne manque pas d’élégance et sa voix révèle une belle palette de nuances et de couleurs. Luca Pisaroni endosse avec justesse les souffrances de Golaud, le mari rejeté, il les condense dans un jeu retenu et les exprime graves rageurs. Tandis qu’Anna Larsson, en manque de volume et en diction pâteuse embrouille le personnage de Geneviève, Franz-Josef Selig semble à l’inverse s’être identifié au vieil Arkel dont il reprend une fois de plus la barbe blanche, les rondeurs et les couleurs vocales. Grâce à Jodie Devos, l’enfant Yniold devient une créature à part entière, le gamin voltigeur dont Golaud se sert pour espionner la femme qui lui échappe auquel elle apporte clarté vocale et élasticité charnelle.

La vraie vedette de la production n’en reste pas moins celui qui dans la fosse donne un arc en ciel de nuances à la musique. Une fois encore Philippe Jordan s’investit de bout en bout dans les sons qu’il fait naître, sachant tel un magicien en faire jaillir les transparences et les mystères.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy sur un poème de Maurice Maeterlinck, orchestre et chœur et l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, chef des chœurs Alessandro di Stefano, mise en scène, décors et lumières Robert Wilson, costumes Frida Parmeggiani. Avec Elena Tsallagova, Etienne Dupuis, Luca Pisaroni, Franz-Joseph Selig, Anna Larsson, Jodie Devos, Thomas Dear.

Opéra Bastille les 19, 23, 27 septembre et 6 octobre à 19h30, le1er octobre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Opéra National de Paris

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