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Critiques / Théâtre

Pauvreté, Richesse, Homme et Bête de Hans Henny Jahnn

par Gilles Costaz

Une grande fresque, et la révélation du metteur en scène Pascal Kirsch

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La compagnie Collectif 2 Plus participe à la révélation de l’œuvre d’un grand auteur trop peu connu dans notre pays, l’Allemand Hans Henny Jahnn (1894-1959), avec la création française d’une pièce écrite en 1933 (mais créée en 1948), Pauvreté, Richesse, Homme et Bête, fort bien traduite par Huguette Duvoisin et René Radrazzani. C’est l’un de ces textes de théâtre – fort rares -, qui ont une ampleur romanesque et une puissance lyrique où se reflètent, dans une langue contrastée et superbe, les grandes interrogations sur la condition humaine. Il y a du symbolisme, du moralisme, le souvenir des légendes et des récits mythiques chez Hans Henny Jahn, qui peut faire penser à Ibsen, Claudel, Maeterlinck, avec une évocation plus brute des relations entre les hommes. L’action ne se passe pas dans le pays natal de l’auteur, mais en Norvège. Un paysan, Manao, respectueux de la vie et des animaux, est épris d’une jeune femme qui va s’éloigner de lui à cause d’une accusation d’infanticide qui, soudain, pèse sur elle. Il épouse bon gré mal gré une femme maléfique, qui favorise la mise à mort de son cheval préféré et se met à régner sur sa ferme, au nom de l’incontestable fécondité de ses flancs - et de son sens des biens terrestres. Peu à peu Manao se libère de cette oppression, à laquelle participe un entourage d’hommes manipulateurs et obsédées de possessions charnelles. Il prend en main un élevage de rennes et trouvera l’harmonie espérée dans la compagnie d’une jeune fille qu’au moment de mourir, l’ancienne fiancée écartée pour un crime qu’elle n’a pas commis guide vers lui.
Résumer un tel poème dramatique, c’est le trahir. C’est une telle métaphore de la lutte du bien et du mal, du conflit entre l’âme et le corps, du contraste entre la perversion de l’humanité et de la pureté de l’animal qu’on crierait volontiers à la grandiloquence. Or le spectacle mis en scène par Pascal Kirsch est tout sauf grandiloquent. A cette littérature chargée de lourdes notions et de scènes malaisées il donne puissance et évidence. La soirée commence comme un conte narré par une jeune fille, devant un décor miniature posé sur une table, saupoudré de neige. Puis, progressivement, les personnages se mettent à exister. Le plateau se transforme, grâce à de grandes tables qui seront déplacées et figureront d’autres lieux, tantôt réels, souvent symboliques. Les acteurs jouent dans une rudesse qui évident les clichés poétiques : Raphëlle Guitlis, étonnante épouse dont toutes attitudes ont la dangereuse solidité d’un personnage qui ne croit qu’à la vie concrète, ignorant de l’absolu, Arnaud Chéron, Julien Bouquet, Elios Noël, François Tizon et Loïc Le Roux. A l’opposé, trois interprètes ajoutent à la forte présence charnelle, à la tension qui règne à chaque instant une dimension spirituelle, un au-delà fait de profondeur et de rêve : Marina Keltchewsky, admirable entre la sublimation et la mise à distance, Florence Valéro, qui figure successivement la récitante et la jeune fille dans une belle douceur secrète, enfin et surtout, Vincent Guédon qui tient le rôle central de Manao avec une extraordinaire capacité à être entre la terre et le ciel, présent et absent, combatif et rêveur, physique et éthéré. Ce très beau spectacle, qui affirme le grand talent et l’avenir certain de Pascal Kirsch et de Collectif 2 Plus, doit beaucoup à ce comédien tout à fait marquant, Vincent Guédon.

Pauvreté, Richesse, Homme et Bête de Hans Henny Jahnn, traduction de Huguette Duvoisin et René Radrizzani (éditions José Corti), mise en scène de Pascal Kirsch, scénographie et costumes Marguerite Bordat, lumières de Pascal Villmen, vidéo de Sophie Laloy, musique de Makoto Sato et Richard Comte, avec Julien Bouquet, Arnaud Chéron, Raphaëlle Gitlis, Vincent Guédon, Loïc Le Roux, Marina Keltchewsky, Elios Noël, Florence Valéro et François Tizon.

L’Echangeur, Bagnolet, 19 h 30, tél. : 01 43 62 71 20, jusqu’au 9 octobre. (Durée : 2 h 50).

Photo Hervé Bellamy.

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