Accueil > Pascal/Descartes. L’entretien de M. Descartes avec M. Pascal le (...)

Critiques / Théâtre

Pascal/Descartes. L’entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune

par Corinne Denailles

La pensée en action

Partager l'article :

Jean-Claude Brisville a eu l’excellente idée d’imaginer une rencontre entre Descartes et Pascal, tous deux philosophes, brillants scientifiques et chrétiens, l’un jésuite, l’autre janséniste. Ils se seraient rencontrés une fois, mais on n’a jamais su ce qu’ils se sont raconté. La confrontation de ces deux visions du monde se situe à un tournant de la vie des deux hommes. Brisville a probablement conjugué deux moments plus éloignés dans le temps d’un an ou deux pour des raisons de dramaturgie. Descartes, déjà âgé, s’apprête à rendre visite à la reine Christine de Suède, voyage dont il ne reviendra pas ; le tout jeune Pascal a décidé d’abandonner ses recherches scientifiques pour se retirer à l’abbaye de Port-Royal. Il est justement venu demander le soutien de Descartes pour un janséniste de ses amis en difficulté, démarche dont d’évidence il ne mesure pas la provocation. On sent bien que, pour le philosophe, les jansénistes tiennent de la secte, il semble tenir Pascal pour une âme faible, victime du charisme de Jansenius, un habile gourou, et qui va dilapider son génie à des balivernes. A travers cette joute oratoire savamment conçue, se dessinent, non seulement deux grandes personnalités, mais aussi tout une époque. Louis XIV impose son autorité au siècle et les jésuites leur doctrine au sein d’une Église qui persécute les jansénistes. Les « intellectuels » courent après l’idée « d’honnête homme » tandis que Galilée est condamné par le saint-Office, ce qui incite Descartes à la prudence, et ce dont Pascal le raille. Cela pourrait avoir des airs de leçon d’histoire ou de théologie, or rien de dogmatique dans ce dialogue de haute tenue, mais pas du tout abscons parce que loin des théories concrètes, il repose sur l’humanité des deux hommes.

La pièce a été créée en 1985 avec l’inoubliable Henri Virlojeux dans le rôle de Descartes et Daniel Mesguich dans celui de Pascal. Une génération plus tard, on retrouve Daniel Mesguich, qui signe la mise en scène, dans le rôle de Descartes aux côtés de son fils William. Les Mesguich père et fils ont trouvé là une occasion de mettre en jeu, à couvert, une jolie complicité, mâtinée de la discrète rivalité qui unissent un père et un fils, subtile transposition des relations entre les deux philosophes. Mesguich père prête au sage Descartes une distance peut-être un peu trop condescendante mais qui valorise justement la ferveur exaltée et inquiète du jeune Pascal interprété par William, qui, le regard fiévreux et le corps dans une crispation impatiente, joue dans la tension, l’exaspération désespérée face à l’impassibilité moqueuse de son interlocuteur. Intransigeant, dépité, il est déçu, dans son admiration juvénile, de ne pas trouver chez Descartes le soutien qu’il espérait. Un bel exercice de l’intelligence mis en scène avec assez de sobriété pour que les idées sonnent juste et avec juste ce qu’il faut de théâtralité pour révéler les enjeux humains et philosophiques de ce face à face virtuel.

Pascal/Descartes. L’entretien de M. Descartes et M. Pascal le jeune de Jean-Claude Brisville, mise en scène Daniel Mesguich, avec Daniel Mesguich et William Mesguich à Paris, au théâtre de Poche-Montparnasse du 21 avril au 23 juin 2015. Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Rés. 01 45 44 50 21.

crédit : Brigitte Enguérand

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.