Accueil > PINOCCHIO de Philippe Boesmans et Joël Pommerat

Critiques /

PINOCCHIO de Philippe Boesmans et Joël Pommerat

par Caroline Alexander

Un pantin en subtile musique…

Partager l'article :

Son nez s’allonge dès qu’il ment. Il est né d’un tronçon de bois sculpté en marionnette par un pauvre menuisier. Une fée lui donne vie. Le conte de ses aventures narrées par Collodi a séduit des générations d’enfants et toutes sortes d’interprètes, peintres, dessinateurs et cinéastes comme Walt Disney. Joël Pommerat en fit une pièce de théâtre. Philippe Boesmans a transformé celle-ci en opéra.

Commande conjointe du Festival d’Aix-en-Provence et de La Monnaie de Bruxelles, ce Pinocchio lyrique vient d’inaugurer les espaces remis à neuf de la maison d’opéra bruxelloise après deux ans de fermeture pour causes de travaux. Tout est comme avant, scrupuleusement fidèle aux architectures d’origine, et tout est mieux qu’avant, repeint, reponcé, redoré, rafraichi, les velours rouges des fauteuils rutilent et les rangs d’orchestre sont restés aussi serrés (contrairement à l’Odéon de Paris où on a eu la bonne idée de créer en pente douce, un espace de confort entre chaque rangée).

Avec ce Pinocchio, son septième opéra, Boesmans retrouve sa maison mère dont il fut compositeur en résidence de 1985 à 2007, la maison où fut créé en 1983 La Passion de Gilles son tout premier opéra. Reigen, Wintermärchen, Julie, Yvonne Princesse de Bourgogne conçus en collaboration avec Luc Bondy lui succédèrent, avant la reprise remaniée de son orchestration du Couronnement de Poppée, rebaptisé Poppea e Nerone. En 2015, Au monde signait sa première collaboration avec l’auteur, metteur en scène Joël Pommerat (voir webtheatre des 16 mars 2005, 27 janvier 2009, 15 mai 2013, 16 février 2015).

La structure et le contenu de la pièce de Pommerat sont restés conformes à ce qu’ils étaient à leur création en 2008 (voir webtheatre du 17 mars 2008, le compte-rendu de Dominique Darzacq) tout comme sa mise en scène, ses décors et costumes en noirs, gris et blancs, ses éclairages et le fantastique de ses vidéos.

Philippe Boesmans en subtil couturier des sons les a habillés d’une musique qui résonne en commentaire naturel. Une sorte d’évidence par rapport aux situations et aux images. Boesmans cultive ce génie particulier de se mettre au service d’une œuvre pour l’embellir et l’anoblir. Une pudeur qui ne l’empêche pas de rêver, de batifoler, de bâtir un monde d’une fluidité qui fascine et qui berce. L’une des particularités de l’art de Boesmans réside dans sa faculté ludique de relier le passé et le présent, de combiner ses références de Mozart à Debussy en passant par Richard Strauss et, ici, d’infiltrer des parfums forains de tziganes à sa propre composition. Des leitmotivs sont conjugués en refrains. Il hisse sur scène, en direct, un violon, un accordéon et un saxophone quasi virtuose lequel, mêlé aux personnages, en devient un à part entière. La musique de Boesmans sourit, elle coule, elle danse, elle chante et enchante.

L’orchestre de la Monnaie ramené à une petite vingtaine d’instrumentistes est dirigé entre fougue et mélancolie par Patrick Davin. Les chanteurs endossent les caractères de plusieurs personnages. Narrateur diabolique, escroc, meurtrier Stéphane Degout, baryton et comédien, tient le devant de la scène de sa présence étrange, de sa voix d’ombre lumineuse, de sa diction perlée. Vincent Le Texier passe du père papa gâteau au maître d’école avec les graves noirs d’encre de son timbre de baryton basse. Le ténor Yann Beuron se fait en souplesse escroc, criminel, juge, marchand d’ânes ou directeur de cabaret. La mezzo québécoise Julie Boulianne compose tantôt une chanteuse de cabaret façon vamp tantôt un écolier pas doué. L’autre canadienne de la distribution, Marie-Eve Munger met ses vocalises de soprano colorature au service d’une fée cousine en clin d’œil de la Reine de la nuit.

C’est la jeune Chloé Briot, soprano légère comme une plume de duvet, qui se coule dans le rôle-titre, ce pantin à destin humain, tour à tour gamin infernal, collégien rangé, fils à papa pauvre… Avec son maquillage en masque noir et blanc, ses culottes courtes, ses chaussettes en tire-bouchon, et sa voix claire elle en fait une poupée humaine drôle et attendrissante.

Pinocchio de Philippe Boesmans – musique – et Joël Pommerat – livret -. Orchestre symphonique de La Monnaie, direction Patrick Davin, mise en scène Joël Pommerat, décors & éclairages Éric Soyer, costumes Isabelle Deffin, vidéos Renaud Rubiano. Avec Stéphane Degout, Vincent Le Texier, Chloé Briot, Yann Beuron, Julie Boulianne, Marie-Eve Munger et les musiciens Fabrizio Cassol, Philippe Thuriot, Tcha Limberger.

Bruxelles, La Monnaie du 5 au 16 septembre 2017 –
+32 2 229 12 11 – www.la monnaie.be – tickets lamonnaie.be

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.