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Critiques / Théâtre

Ourika d’après Claire de Duras

par Gilles Costaz

Une jeune Noire dans la société romantique

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Dans l’histoire de la littérature romantique, on connaît peu Claire de Duras, mais les rééditions de son roman principal, Ourika, et les analyses des historiens montrent que cet écrivain (1778-1828) a compté et compte toujours un peu. Elisabeth Tamaris, grande comédienne, interprète notamment des spectacles d’Henri Ronse, Stuart Seide et Philippe Honoré, a choisi ce texte, Ourika (1824), pour sa première mise en scène. Elle participe ainsi à la mise en lumière d’un récit qui reste, pour beaucoup, une œuvre méconnue. C’est l’un des premiers textes occidentaux, le premier peut-être, où la parole est donnée à une personne de couleur et où cette personne juge le monde blanc où elle a été intégrée. Petite fille sénégalaise, Ourika a échappé à l’esclavage et a été prise sous sa coupe par Mme de B. En grandissant, elle croit faire partie de la société qui l’a accueillie mais la « négresse » ne peut pas être aimée ni encore moins épousée comme une femme blanche. Dans les premières pages, c’est un médecin qui s’exprime, se rendant au chevet d’une religieuse noire qui va mourir. Ensuite, la femme se raconte : c’est elle, Ourika, qui aurait pu être l’égale des nobles et qui n’en a été que la dépendante, désirée parfois mais toujours humiliée. Bien qu’écrit parfois dans
une exaltation post-rousseauiste, le livre est d’une audace rare en ces années de la Restauration.
Sur une méridienne, Ourika dévide son histoire. Elle porte une robe jaune, dont le froncement intervient sous la poitrine (la tenue des femmes du monde de ce temps exalté, plus souvent alanguies que debout sur leurs talons). Elle joue avec de longs gants blancs. Mais elle peut revenir soudain au passé esclavagiste, en dansant une danse africaine (très beau moment ! ), et se perdre longuement dans des zones de douleur et d’interrogation. La mise en scène d’Elisabeth Tamaris adopte le fil du roman biographique, tout en introduisant quelques ruptures, quelques cassures dans l’humeur et le comportement. Elle ajoute un climat de rêverie, d’aspiration à la beauté avec une musique jouée en bouffées et en direct par le guitariste Renaud Spielmann.
C’est Marie Plateau qui incarne Ourika. Elle suit très bien, avec une émotion et une ire masquées, cette partition le plus souvent narrative, intériorisée, où tout un passé se reflète dans la tristesse et la colère. Quand la mise en scène devient heurtée, la comédienne interrompt subtilement la ligne droite à coups de lignes brisées. L’acoustique de la salle est difficile. Marie Plateau, actrice puissante telle qu’on l’a vue dans de nombreux spectacles, n’en avait pas assez conscience lors des premières représentations. Le spectacle, un peu trop long, gagnera à corriger partiellement sa mise en pratique du mezza voce et sa nature très littéraire. Quoi qu’il en soit, ces mots, ce jeu et cette mise en objet théâtral nous enveloppent, nous saisissent et nous révèlent une parole qui, encore aujourd’hui, casse la baraque de la bienpensance.

Ourika de Claire de Duras, adaptation et mise en scène d’Elisabeth Tamaris, direction musicale de Renaud Spielmann, décor et costumes de Roberto Rosello, lumière de Jennifer Montesantos, avec Marie Plateau et Renaud Spielmann (guitare).

Théâtre de Nesles, 19 h du jeudi au samedi (sauf le 24 décembre), tél. : 01 46 34 61 04, jusqu’au 30 décembre. (Durée : 1 h 30).

Photo Alain Fichou.

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