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Critiques / Théâtre

Où les cœurs s’éprennent

par Jean Chollet

Thomas Quillardet porte Eric Rohmer à la scène

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Si à travers le temps, beaucoup d’œuvres dramatiques ont suscité des réalisations cinématographiques, l’inverse est également vérifiable dans une moindre mesure, notamment dans les adaptations scéniques de scénarios de films de plusieurs grands réalisateurs parmi lesquels ont trouve Fassbinder, Bergman ou Visconti. C’est dans cette seconde filiation que s’inscrit cette nouvelle création de Thomas Quillardet, revisitant dans un diptyque deux volets de Eric Rohmer, (né Maurice Schérer 1920 - 2010) inclus dans les six films de son cycle “Comédies et proverbes ”, et articulés autour de deux figures féminines.

Les Nuits de la pleine lune (1984) sont placées sous le signe d’un proverbe pseudo champenois inventé par Rohmer, “Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison ” où Louise, décoratrice, vivant en couple avec Rémi, architecte passionné d’escrime, en banlieue parisienne, se rebelle contre le caractère casanier et exclusif de son compagnon et décide d’occuper une fois par semaine le studio dont elle propriétaire à Paris, loué à une amie. Un moyen d’assouvir son besoin de liberté, de festivités et de rencontres, en préservant l’indépendance de chacun qui lui semble essentielle pour la pérennité de leur amour. Au risque de le perdre.


Le Rayon vert (1986), allusion au phénomène optique d’un dernier rayon de soleil sur l’océan, s’appuie en référence au dernier vers du poème d’Arthur Rimbaud “ Chanson de la plus haute tour ” : Que le temps vienne où les cœurs s’éprennent. Delphine, secrétaire, est avisée par téléphone du renoncement d’une amie à partager comme prévu des vacances en Grèce. Solitaire, elle s’engage alors dans un parcours ponctué de rencontres individuelles et collectives, de découvertes et d’embûches, dans sa quête d’un amoureux idéal répondant à ses aspirations.

Parmi la filmographie du cinéaste, Thomas Quillardet et son équipe ont retenu ces deux aspects représentatifs et complémentaires dans leur disparité, de ses réflexions sur la condition féminine, et plus largement sur ses liens sociaux culturels et ses interrogations existentielles, à travers les reflets et les comportements de la société qui l’entoure. Cette adaptation théâtrale, porte un souffle de liberté et une tonicité joyeuse, qui semblent issus (comme parfois chez Rohmer) d’un travail d’improvisation des acteurs. Sans être ancrés dans des références cinématographiques, les sept très bons comédiens, parmi lesquels on peut saluer particulièrement les interprétations des deux “ héroïnes”, Anne – Laure Tondu (Louise) et Marie Rémond (Delphine), portent avec fidélité et justesse les accents et l’esprit rohmeriens à la scène.

A lire : “ Eric Rohmer ” d’Antoine de Baeque et Noël Herpe. Editions Stock
A voir : Coffret ”Eric Rohmer l’intégrale” 30 DVD. Editions Agnès B et Potemkine.

Photos Pierre Grobois.

Où les cœurs s’éprennent , d’après Les Nuits de la pleine lune (adaptation collective) et Le Rayon vert (adaptation Marie Rémond et Thomas Quillardet ) de Eric Rohmer, mise en scène Thomas Quillardet avec Benoît Carré, Florent Cheippe, Guillaume Laloux, Malvina Plégat, Marie Rémond, Anne – Laure Tondu, Jean-Baptiste Tur . Scénographie James Brandily, lumière Nadja Naira, costumes Frédéric Gigout. Durée : 2 heures. Théâtre de la Bastille jusqu’au 19 janvier 2017. En tournée, le 2I janvier au Théâtre Jean Arp de Clamart, les 25 et 26 janvier au Théâtre de Vanves, les 10 et 11 mai 2017 au CDN – Théâtre de Lorient.

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