Otello, de Giuseppe Verdi

Les embrasements de Valery Gergiev

Otello, de Giuseppe Verdi

Il est l’un des plus grands chefs d’orchestre vivants, il n’avait jamais dirigé l’Orchestre de l’Opéra National de Paris : Valery Gergiev, le patron du Mariinski, ex-Kirov de Saint-Pétersbourg, y fait ses débuts pour la reprise d’un Otello à la mise en scène tarabiscotée et porte à l’incandescence musique et musiciens.
Gergiev n’est pas un inconnu du public parisien auquel il rend visite depuis des années au Théâtre des Champs Elysées et au Châtelet avec sa compagnie et son répertoire russe. Mais c’est la première fois qu’il intervient dans une production dont il n’a pas assuré le démarrage, dans une maison d’opéra et à la tête d’un orchestre qu’il ne connaît pas. Signe qu’à son niveau de notoriété quasi planétaire il peut tout se permettre et tout transfigurer.

Comme un aimant

C’est chose faite à Bastille où la première mesure - la tempête qui ramène à Chypre le Maure de Venise, vainqueur des musulmans - fait trembler la scène comme la salle et inonde les oreilles d’une cataracte de sons, d’orage, de tonnerre, d’éclairs. Il est comme ça Gergiev, toujours à vif, pressé, dévorant ses retards chroniques comme d’autres dévorent du chocolat. Un besoin quasi physique de jouer sa vie en équilibre instable, comme si le confort risquait de lui couper le souffle et l’inspiration. Avec ses mains nues qui virevoltent sur les notes et sa baguette pas plus grande qu’une cigarette qu’il fait danser entre le pouce et le majeur, avec ce regard qui semble voir au-delà des murs et commander aux vents, Gergiev agit comme un aimant. Plébiscité par les spectateurs autant que par les musiciens qui, fait exceptionnel, l’ovationnent au moment des saluts, il vient de transformer en réussite un spectacle qui, l’année dernière, passa pour médiocre.

Noblesse et phrasé d’une pureté parfaite

Il est vrai qu’on a eu soin d’élaguer la plupart des afféteries de la mise en scène du Roumain Andreï Serban. Pas toutes, hélas. Il reste encore le crâne avec lequel joue Iago à la façon du fossoyeur de Hamlet, le voile nuptial baladeur de Desdémone, la corde rouge censée tenir en laisse l’époux vaincu par la jalousie... De même, hormis la première scène très spectaculaire avec ses projections filmées de mer en furie, le décor de style Club Med, avec palmier et pleine lune, fauteuils Chesterfield cramoisis et paravents japonais pour ombres chinoises, est resté aussi laid que hors de propos. Vladimir Galouzine, tenant actuel du rôle-titre sur la plupart des grandes scènes du monde, s’investit toujours autant dans le personnage dont il traduit les déchirements hallucinés mais la voix, certains soirs, ne suit pas toujours, savonnant parfois les graves ou s’égosillant dans quelques aigus. Soile Isokovski, en revanche, trouve en Desdémone une noblesse et un phrasé d’une pureté parfaite. Son Chant du Saule et son Ave Maria, tout en retenue, arracherait des larmes à un caillou. La belle surprise de la distribution vient du Iago du baryton espagnol Carlos Alvarez, dangereux de jeunesse et de beauté. Avec Gergiev faisant rutiler les cuivres et pleurer les contrebasses, ces chœurs irréprochables et ces solistes qu’il galvanise sur le fil de l’émotion, Verdi est à la fête.

Otello de Giuseppe Verdi, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Valery Gergiev, mise en scène Andrei Serban, décors Peter Pabst, costumes Graciela Galán, avec Vladimir Galouzine, Soile Isokovski, Carlos Alvarez, Ekaterina Gubanova, Rodrigo Garcia, Gordon Gietz, René Schirrer, Riccardo Zanellato. Opéra Bastille, les 17,21,24 février ; 2,5,8,10 mars à 19h30 ; le 27 février à 14h30. Tél. : 08 92 89 90 90

Photo : Eric Mahoudeau

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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