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Critiques / Danse

Orphée et Eurydice de Gluck version Pina Bausch

par Yves Bourgade

Un ballet accompli et poignant

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Au début des années 70, tout juste arrivée à la tête du Ballet de Wuppertal, Pina Bausch (1940-2009) future grande prêtresse de la danse-théâtre germanique qui aborde alors la trentaine, signe deux nouvelles chorégraphies s’appuyant sur deux opéras de Gluck (1714-1787)« Iphigénie en Tauride » en 1974 et Orphée et Eurydice en 1975, afin de ménager le public de cette ville allemande habitué en danse au répertoire classique.

En 2005, cet Orphée et Eurydice est entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris qui le reprend pour la troisième fois du 3 au 21 mai 2014 au Palais Garnier.

Il faut être clair, ce spectacle donne à entendre effectivement la partition orchestrale et vocale de Gluck. Cependant c’est principalement par la danse fusionnant avec la musique et signée par la chorégraphe Pina Bausch que s’exprime le drame vécu par Orphée, muse de la poésie épique et de l’éloquence, parti aux enfers pour en ramener son épouse la dryade Eurydice, à la condition non respectée par le héros qu’il ne se retourne pas vers elle avant d’avoir atteint l’air libre. D’où le drame : la disparition à jamais d’Eurydice laissant Orphée inconsolable.

Les trois actes de l’opéra ont été réorganisés par Pina Bausch en quatre tableaux : Deuil », Violence (la danse des furies des enfers de la scène 1 de l’acte II de l’opéra), Paix et Mort (la scène 1 de l’acte III qui permet de conclure de conclure sur le désespoir d’Orphée). Les deux personnages principaux, Orphée et Eurydice ainsi que l’Amour, sont dédoublés : les trois solistes du chant qui les interprètent sont tous des voix féminines et instaurent un dialogue permanent avec la danse. De même, les chœurs chantés constitués de voix féminines et masculines trouvent leur équivalent sur le plateau avec notamment les furies ou dans les accompagnants du deuil d’Orphée

Le vocabulaire utilisé pour la danse est classique, mais déjà dans les torsions du buste, les bras en extension, les grands pliés et les tours en spirales des femmes revêtues de longues robes fluides, s’annoncent le style de Pina Bausch dans son accomplissement.
Trois danseurs vont alterner en Orphée vêtu d’un simple slip : l’étoile Stéphane Bullion, le premier danseur Florian Magnenet et un espoir-maison le sujet Nicolas Paul. Ils succèderont au premier danseur Yann Bridard qui a pris sa retraite de l’Opéra de Paris après avoir notamment fortement marqué ce rôle en 2005 et 2008. Un film pour Arte a fixé l’interprétation magistrale de ce danseur sensible par l ‘expression douloureuse de son visage et jusque dans l’immobilité ou s’effondrant au final alors que l’Orphée chantant étreint les deux Eurydice les bras en croix au sol.
Pour Eurydice on retrouvera l’étoile Marie-Agnès Gillot, également soucieuse d’habiter de l’intérieur son personnage, en alternance avec une autre étoile Alice Renavand.
Costumes, décors et lumières sont d’un complice de Pina Bausch, son mari Rolf Borzik (1944-1980) qui a beaucoup contribué à construire un « look Pina » très reconnaissable. Pour Orphée et Eurydice, il a utilisé des couleurs franches, noir, blanc rouge, beige, des tissus, des fils tendus qui font penser à une toile d’araignée qu’Orphée fend pour descendre au royaume des morts.

Orphée et Eurydice chorégraphie de Pina Bausch sur la musique de Gluck par le Ballet de l’Opéra de Paris
Palais Garnier : 3,4 ,5,8, 9, 10, 12, 13, 15, 16 , 17 , 19, 20 et 21 mai, 19H30. Durée 2H15

Photos ©Agathe Poupeney

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