Accueil > Onéguine à l’Opéra Garnier

Critiques / Danse

Onéguine à l’Opéra Garnier

par Yves Bourgade

Un ballet sur l’identité culturelle russe

Partager l'article :

Pour la deuxième fois depuis son entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris au printemps 2009, l’ Onéguine du Sud-Africain John Cranko (1927-1973) revient à l’affiche au Palais Garnier.

C’est le type du ballet théâtral chargé d’intensité émotionnelle qui inscrit son auteur dans la lignée du danseur, chorégraphe et comédien français Jean Georges Noverre (1727-1810) et de son ballet d’action, avec ses costumes et décors allégés, et une virtuosité utilisée au service de la seule intrigue.

Le héros Onéguine inspiré du roman /poème en vers d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine , premier chef d’œuvre paru en 1831 de la littérature moderne russe, est un dandy désabusé et oisif : il repousse l’amour d’une jeune fille rêveuse Tatiana et tue en duel, presque par jeu, son meilleur ami Lenski. Lorsqu’il tente de se reprendre, il est trop tard, Tatiana a épousé le prince Grémine et l’éconduit bien qu’elle l’aime encore.

La chorégraphie de John Cranko est, outre son impact dramatique, le type d’œuvre qui convient au Ballet de l’Opéra de Paris, car il permet de donner à danser solos, duos à au moins quatre, voire cinq solistes et au corps de ballet pour des scènes d’ensemble.

Evoquant en 1983, son confrère chorégraphe et contemporain John Cranko, le Français Maurice Béjart le rangeait dans la catégorie des « grands créateurs » du monde de la danse et affirmait : « Par créateurs, je n’entends pas seulement les inventeurs de pas, d’enchaînements et de formes nouvelles, mais des hommes de théâtre au sens fort du terme, qui, à travers la danse, savent parler de l’homme et nous faire rire et pleurer en montrant nos joies, nos peines, nos amours et nos rêves”.

Une première version de cet Onéguine date de 1965 et a été remaniée en 1967 en vue d’une deuxième version, la seule conservée d’où ont disparu un prologue présentant Onéguine et une scène au dernier acte montrant Tatiana embrassant ses enfants. John Cranko l’avait imaginée pour son Ballet de Stuttgart dont il a été le directeur à partir de 1960 jusqu’à sa mort brutale à 46 ans. De grandes compagnies de danse ont adopté cette œuvre après la mort du chorégraphe sud-africain dont le Ballet de l’Opéra de Paris n’a que deux autres pièces à son répertoire La belle Hélène et Roméo et Juliette

Le style du chorégraphe sud-africain est de tradition on ne peut plus classique, mais combine plusieurs influences notamment empruntées à des rythmes traditionnels et qui réclame de chaque danseur une caractérisation de son personnage qu’il soit principal ou secondaire.
Pour que l’appréciation du public se fasse à partir de ce qu’il voit et que soit soutenue l’action dramatique, John Cranko a pris soin d’éviter pour la partie musicale la partition de Tchaikovsky de l’opéra Eugène Onéguine, mais a emprunté à des musiques instrumentales aux intonations de chambre du même compositeur.

Le spectacle tel qu’il est dansé par le Ballet de l’Opéra de Paris se déploie dans les décors de tulle peint et avec les costumes d’inspiration romantique, pour la création de 1965 par l’Allemand Jurgen Rose. Certains les trouveront datés, du moins ne nuisent-ils pas à l’évocation de cet amour inachevé porteur de sa propre destruction et qui, dansé ou bien chanté, continue à faire partie de l’identité culturelle de la Russie.
Onéguine, Tatiana, Lenski, Gremine sont dansés, selon les soirs, par des distributions différentes. La personnalité des solistes fait que chaque personnage principal nettement caractérisé chorégraphiquement surtout d’Onéguine et de Tatiana peut l’emporter l’un sur l’autre, mais finalement peu importe.

Pour cette reprise Tatiana sera notamment dansée par Isabelle Ciaravola qui a gagné son titre d’étoile le 16 avril 2009 lors de l’entrée d’Onéguine au répertoire et qui fera ses adieux (l’âge de la retraite 42 ans étant venue) à la scène de l’Opéra lors de la représentation du 28 février en soirée (elle dansera aussi le rôle les 16 et 23 février en matinée). Dotée de longues jambes, cette danseuse se distingue par la distinction de sa danse bienvenue pour le personnage de Tatiana. Elle aura face à elle son partenaire favori l’étoile Hervé Moreau en Onéguine

Onéguine – musique de Tchaïkovski – Chorégraphie et mise en scène : John Cranko – Décors et costumew : Jürgen Rose (durée 2h07)

Au Palais Garnier 13 représentations, jusqu’au 5 mars 2014.

Photo ©Julien Benhamou

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.