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Nuit debout et culture assoupie de Jean-Marc Adolphe

par Gilles Costaz

Propos d’un trublion

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Le mouvement Nuit Debout a-t-il donné le coup d’envoi à une révolution culturelle et théâtrale ? Ce n’est pas évident, au moment où les manifestants de la nuit s’expriment plutôt le jour et où l’on parle moins de ce courant né au printemps 2016. Jean-Marc Adolphe pense que tout est à changer et que tout va changer. « Les professionnels de la culture se soucient-ils vraiment de l’espace public ? » demandent-ils dans son nouveau livre, Nuit debout et culture assoupie, qui manie pas mal d’invectives contre les potentats du spectacle subventionné. Adolphe, qui créa et dirigea longtemps la revue Mouvement, est un trublion (on sait que le mot fut inventé par Anatole France pour désigner ses adversaires politiques de droite, mais le terme était trop joli, il est vite passé à gauche). Il ne mâche pas ses mots, attaque nommément ceux qui ne sont pas pour lui à la hauteur : Olivier Py surtout, qu’il attaque vertement et auquel il dit : « Mettez le pied dans la porte ! Sinon, vous participerez inéluctablement et sans l’avoir voulu à métamorphoser définitivement l’inspiration de Jean Vilar en fabrique de la classe dominante » et pas mal d’autres, tel Jean-Paul Montanari, patron de Montpellier Danse, dont il dit : « Servile un jour, servile toujours ».
C’est un livre fou comme un chien fou, qui part dans beaucoup de directions, reliant notamment la rébellion actuelle à mai 68 et à la révolte des intermittents à Avignon en 2003, s’auto-célébrant volontiers à travers les combats menés sur place par Adolphe et dans les pages de Mouvement. Tout cela se discute, mais l’originalité de l’ouvrage est de se dire « non terminé » - d’autres points de vue peuvent se rajouter à ce qui est affirmé – et d’être fait de « voix mêlées ». En tranches de sandwich surgissent des textes de partisans de Nuit debout – dont beaucoup ont un réel talent poétique, comme Mari-Mai Corbel ou Simona Calder - et de diverses personnes, dont le poète Bernard Noël, auteur de la préface qui est aussi largement cité dans le volume. Adolphe intègre aussi des analyses de Gabily, Baudrillard, Blanchot, Gorz, Rebotier… On est donc plutôt en bonne compagnie. Au bout du compte, c’est plus du cri, du chant, de la polyphonie qu’un catalogue de solutions. Avec ces empêcheurs de penser en rond, l’esprit est précisément en éveil et l’on a envie de disputer avec eux, jusqu’à tard dans la nuit…

Nuit debout et culture assoupie de Jean-Marc Adolphe, préface de Bernard Noël. Editions L’Entretemps, 244 pages, 15,50 euros.

Photo DR.

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