Accueil > Nous sommes pareils à ces crapauds/Ali...

Critiques / Danse

Nous sommes pareils à ces crapauds/Ali...

par Corinne Denailles

Variations acrobatiques sur l’altérité

Partager l'article :

Deux courts impromptus de danse conçus par Mathurin Bolze, Ali Thabet (qui ont en commun, entre autres, leur collaboration avec Josef Nadj), Artemis Stavridi et Hèdi Thabet qui, "ne forment pas un diptyque mais pourtant se font écho". Le premier, inspiré d’un poème de René Char extrait de Fureur et Mystère (1948) a été créé en 2013, le second date de 2001. Nous sommes pareils... est une variation à trois sur le mariage, le couple et tout ce qui peut unir et désunir. Légère dans sa robe blanche de mariée, la danseuse Laida Aldaz Arrieta (qui remplace Artemis Stavridi) se joue à égalité des deux hommes (Mathurin Bolze et Hèdi Thabet) qui la convoitent.

Cela donne lieu à d’expressives scènes d’amour et de jalousie dans de vertigineuses poursuites et arabesques accompagnées par deux musiciens grecs (Stefanos Filos et Ioannis Niarchos) et deux musiciens tunisiens (Nidhal Yahyaoui et Sofyann Ben Youssef) qui conjuguent les répertoires du rébètiko et du tunisien de Cheik el Afrit, les langues grecque et arabe. Le rebetiko, d’origine grecque et turque, est né dans les années 1920 à Athènes dans les fumeries de haschich et les prisons et à Smyrne dans des cafés où se produisaient des chanteurs. Cette musique populaire qui rassemblait les réfugiés d’Asie mineure et tous les exclus faisait l’éloge d’un certain mode de vie basé sur l’honneur et porte quelque chose de rebelle. Elle fait le lien entre les deux spectacles.


Si les variations amoureuses du trio sont d’une belle qualité, un peu sage, le duo interprété par Mathurin Bolze et Hèdi Thabet dans Ali est d’une intensité inversement proportionnelle à sa durée. On avait pu apprécier l’agilité de Hèdi Thabet dans la première partie, faisant fi de la pesanteur, de son handicap et de ses béquilles. Dans la seconde partie, plus riche, il est époustouflant. Dans un duo pour quatre béquilles, les artistes déclinent les rapports de pouvoir entre deux individus mais aussi de complicité et d’amitié dans des figures acrobatiques tendres ou brutales, souvent burlesques, qui mêlent les corps, les unissent, les confondent, les désunissent avec virtuosité et humour. Etrange coïncidence, les artistes ont, sans le savoir, traduit admirablement la pensée de Spinoza qu’a tentée d’exprimer Denis Guénoun dans son spectacle Aux corps prochains : "Nul ne sait ce que peut le corps" (voir webthea 4617).

Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers. Conception de et avec Mathurin Bolze, Ali Thabet, Hèdi Thabet, Artemis Stavridi (remplacée par Laida Aldaz Arrieta). Direction musical : Sofyanne Ben Youssef. Musiciens : Stefanos Filos, Ioannis Niarchos, Nidhal Yahyaoui et Sofyann Ben Youssef. Lumières : Ana Samoilovich. Durée 30 minutes.
Ali. Conception et interprétation : Mathurin Bolze et Hèdi Thabet. Musiciens : Stefanos Filos, Ioannis Niarchos. Durée : 25 minutes. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 23 mai à 18h30. Relâche les 14, 18 et 19 mai 2015. Rés : 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr

Photos Manon Valentin

Tournée
7-9 octobre 2015 La Filature – Scène nationale de Mulhouse (68)
8 et 9 décembre 2015 L’Allan – Scène nationale de Montbéliard (25)
21 janvier 2016 Le Carreau – Scène nationale de Forbach (57)
3 février 2016 La Halle aux grains – Scène nationale de Blois
(41)
5 février 2016 Théâtre de Pantin (93)

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.