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Critiques / Théâtre

Notre innocence de Wajdi Mouawad

par Corinne Denailles

Une jeunesse en quête de sens

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Wajdi Mouwad fait souffler le chaud et le froid sur le public qui le suit depuis ses débuts ou à tout le moins depuis l’éblouissante trilogie Le Sang des promesses (2009) qui restera une aventure théâtrale exceptionnelle. Depuis on a eu l’impression que le dramaturge québécois, peut-être effrayé lui-même d’avoir créé une telle œuvre, peut-être inquiet d’avoir tout dit, s’est cherché entre peinture et théâtre au fil de quelques spectacles inégaux. Et puis cet hiver, il offre au public la pièce qu’on attendait sans le savoir. Tous des oiseaux a comblé ceux qui espérait sans y croire que Mouawad trouve un deuxième souffle, renouant avec sa plus belle inspiration (voir critique webthea).
Mais preuve que la création est capricieuse et peut malmener le créateur le hissant à des sommets inouïs pour brutalement le lâcher dans les abîmes de la confusion.
En cette période anniversaire de Mai 68, Notre innocence, initialement intitulé Victoires, s’interroge sur l’héritage de 68 laissé aux trentenaires d’aujourd’hui. Le spectacle a été conçu avec de jeunes élèves du Conservatoire et se ressent du manque d’expérience des comédiens dans la deuxième partie. La première partie est en revanche très réussie d’un point de vue théâtral. Au début du spectacle, une comédienne, seule en scène sur le grand plateau du théâtre de la Colline, raconte avec talent la genèse du spectacle, puis du je on passe au nous, de l’individu au collectif dans une composition chorale très puissante. Les comédiens, serrés les uns contre les autres comme pour faire bloc face au vide qui les inquiète, profèrent à l’unisson un discours revendicateur dans une sorte de procès de la génération précédente, celle des parents, celle de 68. C’est violent, bien écrit, l’expression d’une colère et d’une détresse, une quête de sens angoissée mais une fois relevé du choc du coup de poing, on s’interroge sur le fond du propos qui attribue à une génération entière de jeunes gens une réflexion qui ne concerne qu’une partie d’entre eux. Rendre responsable la génération 68 de l’actuelle situation désastreuse du monde est un peu caricatural, et surtout les choses sont bien plus complexes. Le propos est évidemment en partie très recevable, mais on dirait que Mouawad s’est laissé aveugler et contaminer par cette colère juvénile, qui n’en est pas moins la saine et bénéfique révolte d’une partie de la jeunesse contre la société. Mais peu importe les approximations au regard de la qualité théâtrale de la première partie du spectacle. Il n’en va pas de même ensuite. Une des jeunes filles s’est suicidée laissant une petite fille orpheline et la plupart de ses amis se sentent coupables de sa mort. On discute, on s’échauffe, on ment, on s’écharpe, on s’embrasse, on pleure ; cette épreuve les fait grandir. Pourtant on n’y croit pas, tout cela sonne artificiel, il manque une colonne vertébrale ; le spectacle semble fait de morceaux hétérogènes et devient verbeux malgré une jolie tentative d’ouverture finale vers l’espace du conte. Attendons avec impatience la prochaine création qui nous enchantera .

Notre innocence, texte et mise en scène Wajdi Mouawad. Avec Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac Olanié, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard Noirclère, Paul Toucang, Étienne Lou, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk, et , Inès Combier, Aimée Mouawad, Céleste Segard (en alternance). Musique originale, Pascal Sangla ; scénographie, Clémentine Dercq ; lumières , Gilles Thomain ; costumes , Isabelle Flosi ; son, Émile Bernard, Sylvère Caton. Au théâtre de la Colline jusqu’au 12 avril 2018 à 20h30. Durée : 2h10. Résa : 01 44 62 52 52. www.colline.fr

Photo Simon Gosselin

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