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Critiques / Théâtre

Noce de Jean-Luc Lagarce

par Corinne Denailles

En être ou pas

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Quoi de plus joyeux et convivial qu’une noce ? Et pourtant, les atours chaleureux peuvent cacher une grande violence. Il y a ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas, il y a ceux qui font partie du premier cercle et les autres relégués au fond de la salle. En préambule, l’extraordinaire récit haletant, angoissé fait par l’Enfant (formidable Paola Valentin) de l’arrivée de la famille. Après quelques péripéties, ils arrivent enfin mais personne pour les accueillir. Il leur faut, tel le parcours du combattant, remonter les nombreuses tables à la recherche de leur place ; l’Enfant note que plus on s’éloigne et plus le niveau social des invités baisse. Et le père de s’excuser et de répéter que tout va bien, tout va bien. D’autres prennent d’assaut une noce comme on prendrait d’assaut une forteresse militaire. Ceux qui se sont battus pour en être se retrouvent dans la situation d’exclure de probables parasites à leur propre noce. La pièce de Lagarce est une métaphore cruelle des mécanismes d’exclusion sociale mais aussi de l’asservissement volontaire aux codes sociaux qu’il développe dans un autre texte caustique, Les règles du savoir-vivre.
Fidèle à l’esprit du texte, Pierre Notte a mis en scène la pièce sur le mode d’un cauchemar fantastique auquel il imprime un rythme infernal. Certes la pièce encourage ce parti pris qui n’est pas sans risques. Les personnages survoltés forment un groupe indifférencié ; ils ne portent pas de nom (l’Enfant, l’Homme, la Femme, le Monsieur, la Dame), ils sont une force revendicatrice, une protestation en marche, ils sont prêts à tout pour gagner la place qui leur revient. Finalement, ils seront déçus par la réalité très médiocre qu’ils avaient idéalisée et se déchaînent. Le texte déferle tel un ouragan, sous haute tension, les corps s’entrechoquent et les accessoires volent. Grégory Barco, Bertrand Degrémont, Eve Herszfeld, Amandine Sroussi et Paola Valentin, tous très bons comédiens, conduisent à un train d’enfer cette glaçante mascarade dont le spectateur sort essoré.

Noce de Jean-Luc Lagarce ; mise en scène Pierre Notte ; avec Grégory Barco, Bertrand Degrémont, Eve Herszfeld, Amandine Sroussi et Paola Valentin. Jusqu’au 11 mars au Lucenaire à 21h. Durée : 1h20. Résa : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

photo Emmanuel Valentin

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