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Critiques / Théâtre

Noblesse et Bourgeoisie de Goldoni

par Gilles Costaz

La fête italienne

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Le directeur de la Comédie italienne, Attillio Maggiulli, a défrayé la chronique en décembre. Il a projeté sa voiture contre les grilles de l’Elysée, pour se plaindre de l’attitude du Président de la République qui lui avait promis d’aider son théâtre et l’avait oublié. Mais ce qui compte pour le spectateur, c’est l’aventure artistique. Rue de la Gaîté, elle continue, depuis quarante ans, et procure un plaisir continu pour qui aime le répertoire italien et le jeu à l’italienne. Les pièces y sont jouées en français mais avec la gestuelle, les gags, le décorum cisalpins, auxquels s’ajoute la fantaisie personnelle de Maggiulli.
Noblesse et Bourgeoisie marque, dans l’œuvre de Goldoni, un virage vers la comédie sérieuse – comme on disait au XVIIIe siècle. La drôlerie agit sur fond de tableau social. A Venise, un comte, Ottavio, a épousé une bourgeoise et la délaisse pour une marquise qui demeure non loin de là. Il sacrifie bien des choses pour elle, allant jusqu’à lui donner les cadeaux qu’il avait faits à sa femme. Le frère de l’épouse malheureuse tente tout ce qu’il peut pour que les choses s’arrangent ou pour que sa sœur quitte enfin ce mari volage. Le dénouement sera moral mais il y aura eu beaucoup de dureté, de férocité mises en jeu, le comte et la marquise étant des personnages d’une réelle cruauté.
Sur une scène de poche, Maggiulli sait faire voir deux palais mirifiques avec leurs salons somptueux et leurs pièces secrètes ! Il a dégagé l’acidité du texte, sans affaiblir la comédie et sans renoncer aux lazzi, à tous ces moments où les acteurs jouent avec les masques, les objets, les déplacements, les adresses au public. Hélène Lestrade, qui incarne l’épouse, est une actrice d’une rare élégance. David Clair (le comte) est l’une des figures de la Comédie italienne et déploie toutes les roueries de ce style emprunté à la commedia dell’arte. Jean-Jacques Pivert se dédouble habilement en deux rôles importants. Carole Monceau donne une forte drôlerie amère au personnage de la marquise. Alexis Long est un plaisant et fort mobile Arlequin. Maëlle Salomon, enfin, sait donner l’image du peuple dans sa partition de domestique. La mise à nu d’une certaine noirceur introduit une note inhabituelle (mais la comédie, c’est toujours impitoyable ! ), tandis que se déploie toute la fête italienne qu’on aime dans l’indispensable théâtre d’Attilio Maggiulli.

Noblesse et Bourgeoisie de Carlo Goldoni, adaptation et mise en scène d’Attilio Maggiulli, assisté de Claudine Simon. Avec Hélène Lestrade, David Clair, Jean-Jacques Pivert, Carole Monceau, Maëlle Salomon, Alexis Long.

Comédie italienne, tél. : 01 43 21 22 22.

Photo DR.

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