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Critiques / Théâtre

Neige Noire de Christine Pouquet

par Jean Chollet

Dans le blues de "Lady Day"

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Née à Baltimore le 7 avril 1915, Eleanora Fagan est devenue sous le nom de Billie Holiday une des plus grandes chanteuses de jazz et de blues du XX° siècle, à l’égal de son ainée, Bessie Smith, qui fut son modèle. Elle vécut une enfance difficile avec des parents séparés, son père, guitariste de jazz, Clarence Holiday, ne l’ayant pas reconnue, et sa mère Sadie Fagan employée des chemins de fer, vendant son corps à l’occasion, confia sa fille à une parente. Elle fut ensuite placée, à dix ans, dans un centre de redressement pour enfants, puis incarcérée par précaution à la suite de son viol par un voisin. A sa sortie, Eleanora est placée dans une famille d’accueil à Baltimore, puis sa mère l’invite à New-York où travaillant dans un bordel elle associe sa fille de 14 ans à la prostitution. Durant ces toutes années, l’adolescente n’a cessé de chanter en manifestant un talent prometteur. Il se manifeste d’abord dans un petit cabaret de Brooklyn, où elle fait la manche, avant de rencontrer le producteur John Hammond avec lequel elle enregistre, en adoptant son nom de scène, puis avec l’orchestre de Benny Goodman. Le point de départ d’une carrière, qui la verra associée à des interprétations auprès des plus grand musiciens de l’époque, Boby Henderson, le saxophoniste Lester Young, qui la baptise “Lady Day” et dont elle devient l’amie, puis Teddy Wilson, Duke Ellington et Count Basie. Entre concerts et enregistrements sa notoriété devient mondiale. Détruite par la drogue et l’alcool, Billie Holiday meurt le 17 juillet 1959 à l’âge de 44 ans.

C’est autour de cette personnalité et ce destin hors du commun, que Christine Pouquet, écrit et crée un spectacle qui échappe à une forme habituelle de “ biopic ” pour tisser un émouvant et intime portrait de femme. Entre fiction et réalité, elle évoque quelques étapes marquantes d’un parcours chaotique. Mauvais traitements, violences, racisme, recherche du père disparu, sexisme, luttes rebelles pour exister et chanter, rêves, drogues ou quêtes d’amours inépuisables. Autant de fractures qui semblent avoir contribué aux accents et colorations d’une expression vocale exceptionnelle. Devant un mur de malles et valises symbolique, ouvrant sur des apparitions, la représentation prend toute sa dimension dans l’interprétation de la comédienne - chanteuse Samantha Lavital, tour à tour enfant et femme. Dans sa robe blanche, chaussée d’escarpins rouges, avec dans les cheveux le gardénia blanc emblématique de Billie, elle bouge, danse et chante avec une forme de mimétisme confondant. Il faut l’entendre interpréter les succès de Lady Day, de Why was I born à My man et surtout le célèbre Strange Fruit, réquisitoire contre le lynchage des noirs dans le sud des Etats-Unis. A ses côtés, le comédien –danseur Philippe Gouin, narrateur en contre-point du récit enjolivé de Billie, campe avec une vitalité évocatrice et onirique les différents personnages et fantômes rencontrés au cours de cette trajectoire de vie tumultueuse. Si certaines scènes laissent apparaître quelques failles, reste un spectacle en forme de conte, qui offre plusieurs niveaux de lecture et balance dans tous les sens du terme. Pour tout public.

A lire : Lady Sings the Blues , mémoires de Billie Holiday, traduction Danièle Robert, éditions Parenthèses. 12 €.
A écouter : CD Billie Holiday, disponibles dans la collection Masters of Jazz

Neige noire, texte et mise en scène Christine Pouquet, avec Samanta Lavital, Philippe Gouin ou Remi Cotta, Scénographie et costumes, Cécile Delestre, lumière Nicolas Gros, musiques et arrangements, Michel Pastre, Trio Michel Pastre, Pierre Christophe, Raphaël Devet. Durée : 1 heure 10. Festival d’Avignon théâtre des 3 soleils. Tel. 0490822557.

Photo ©Loïc Seron

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