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Critiques / Théâtre

Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino

par Gilles Costaz

Série noire à l’italienne

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Paravidino met le doigt dans les plaies de la société italienne. Il fait bien puisque la société française ressemble à la réalité cisalpine comme une jumelle. Nature morte dans un fossé est un tableau particulièrement sombre. La « nature morte », trouvée dans un caniveau entre Gênes et Milan, est une jeune fille assassinée d’un coup de couteau. Tout porte à croire qu’elle est la victime du milieu où elle vit, un groupe de désoeuvrés abonnés à l’alcool, à la drogue, au sexe et à la recherche permanente d’un maximum d’argent. Un jeune flic et un vieux commissaire se chargent de l’affaire et se disputent la gloire de comprendre ce qui s’est passé. Le jeune doit accepter de redescendre au deuxième rang, le vieux renard est vraiment trop fort. Mais chacun doit supporter l’odeur de la pourriture car les secrets de cette affaire, que perce le commissaire peu à peu, sont à vomir. Prostitution et grande bourgeoisie sont dans l’ombre de cette crapulerie.
C’est une pièce qu’on a vue déjà dans plusieurs autres mises en scène en France. Mais celle de Wally Bajeux est radicale, utilise peu de chose, presque rien : l’obscurité, les déplacements mystérieux, le découpage de l’espace en zones étroites et verticales. C’est une sorte de découpage de la nuit, des cadrages où le fait divers est, dans son détail, dans l’amplification d’une loupe. René Carton incarne le commissaire avec une rare épaisseur, dans un formidable alliage de fatigue et d’énergie : tous les flics de la télé peuvent aller se rhabiller ! Willy Bajeux, elle-même, joue subtilement une étrange femme de la nuit. Nicolas Setton Jean, Victor Hugo (mais oui, cet acteur s’appelle Victor Hugo ! ), Julien Girault, Elisabeth Kern et Morgan Costa Rouchy assurent les autres rôles d’une manière crachée, sans joliesse, dans la juste crudité. Cela peut se voir comme un polar, une série noire italienne, mais c’est surtout un voyage hanté dans les coulisses douloureuses des couches sociales où la morale et la corruption couchent tranquillement dans les mêmes lits.

Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino, texte français de Pietro Pizzuti, mise en scène de Wally Bajeux, lumière de Rodolphe, son d’Antoine Diaz, avec Nicolas Setton Jean, René Carton, Victor Hugo, Wally Bajeux, Julien Girault, Elisabeth Kern, Morgan Costa Rouchy.

Petit Gymnase, le mercredi à 21 h 30, tél. : 01 43 46 79 79, jusqu’au 27 juin. (Durée : 1 h 20).

Photo Wojtek Konarzewski.

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