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Critiques / Théâtre

Nathan le sage de Gotthold Ephraïm Lessing

par Corinne Denailles

De la tolérance

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Créée pour la première fois en 1987 par Bernard Sobel, on a pu voir dix ans plus tard la mise en scène de Denis Marleau à Avignon avec Sami Frey. En 1996, Dominique Lurcel mettait en scène la pièce pour la première fois, il y reviendra en 2004 et en 2017, à chaque fois sous un angle différent, et assurera la traduction et l’édition de la collection Folio théâtre.
On comprend l’intérêt pour cette pièce sur la tolérance qui aurait pu être écrite par Voltaire et qui fut interdite par les nazis. Dramaturge du siècle des Lumières, l’Allemand Gotthold Ephraïm Lessing a abordé la question religieuse dans une comédie — dont la fin pourrait être de Molière dans le genre coup de théâtre téléphoné sur la véritable identité de chacun — et qui tient du conte philosophique.
Dans la Jérusalem des Croisades au XIIe siècle, le riche commerçant juif Nathan, que tous appellent « le sage », a une fille Recha qui en son absence a été sauvée d’un incendie par un croisé qui venait d’être gracié par le sultan Saladin à cause d’une ressemblance avec son frère. Le sultan interroge Nathan : « Quelle la foi la plus lumineuse ? » et en guise de réponse Nathan lui raconte la parabole des trois anneaux tiré de Boccace (comme l’est en partie la fable de Nathan) aussi célèbre que celle du roi Salomon. Un père lègue à ses trois enfants trois anneaux, un original et deux copies. Chacun tentera de faire prévaloir sa préséance mais il sera impossible de déterminer quelles sont les copies comme il est impossible de dire quelle religion détient la vérité ; trois visions de l’humanité qui devraient s’enrichir les unes les autres. « Il en est de même, seigneur, des lois que Dieu a données aux trois peuples sur lesquels vous m’avez fait l’honneur de m’interroger : chacun croit être l’héritier de Dieu, chacun croit posséder sa véritable loi et observer ses vrais commandements. Savoir lequel des trois est le mieux fondé dans ses prétentions, c’est ce qui est encore indécis, et ce qui, selon toute apparence le sera longtemps. » Le père serait Dieu, plus exactement le Verbe commun aux trois religions, et les trois fils les trois monothéismes, tous trois dépositaires et héritiers d’une même source divine qui n’autorise aucune des trois à revendiquer l’exclusivité de la vérité. Nathan interroge : « le chrétien et le juif sont-ils chrétien et juif avant d’être homme ? », brûlante question d’actualité. La réflexion philosophique laisse place à un dénouement de comédie qui en dit plus long qu’il n’y paraît. Le croisé n’est pas un chrétien, la fille de Nathan n’est pas juive. Lessing nous dit qu’il ne faut pas se fier aux apparences, qu’il faut se méfier des préjugés et que la foi de chacun est affaire intime qui n’est pas écrite sur notre figure et que nous devons respecter.

La troisième mise en scène de Dominique Lurcel regarde discrètement du côté de l’actualité. Au milieu du plateau nu un tapis oriental des Mille et une nuits pour seul accessoire (scénographie de Danièle Rozier) autour duquel se jouent les multiples rebondissements de la pièce. La distribution est très inégale ; Faustine Tournan dans le rôle de la nourrice et Hounhouénou Joël Lokossou dans le rôle du missionnaire sont très convaincants, mais on soulignera la prestation de Dominique Lurcel soi-même qui interprétait exceptionnellement Nathan le soir où nous y étions en remplacement de Samuel Churin, avec beaucoup de justesse. Il fait de Nathan un petit homme sans grande prestance physique qui capte l’attention et l’admiration de tous par la détermination de son caractère, ses qualités humaines d’écoute, de respect de l’autre et sa capacité à convaincre par la douceur.

Nathan le sage de Gotthold Ephraïm Lessing, adaptation et mise en scène Dominique Lurcel. Avec Samuel Churin, Anne Seiller, Laura Segré, Hounhouénou Joël Lokossou, Jérôme Cochet, Tadié Tuené, Gérard Cherqui, Faustine Tournan. Scénographie Danièle Rozier ; costumes Marion Duvinage ; lumières Philippe Lacombe. Au théâtre de l’épée de bois jusqu’au 14 mai. Duée : 2h30.

photo Philippe Lacombe

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