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Critiques / Théâtre

NOT I, FOOTFALLS, ROCKABY de Samuel Beckett

par Caroline Alexander

Les noires solitudes de Samuel Beckett sublimées par une actrice d’exception

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Au théâtre de l’Athénée, en quatre représentations d’exception, en trois temps arrachés au monde par une comédienne hors norme Samuel Beckett aura hypnotisé les amateurs d’insolite tout comme les simples amoureux de théâtres venus d’ailleurs. Une expérience unique : cinquante-cinq minutes de frissons jamais ressentis dans un théâtre.

En guise de lever de rideau, la salle et la scène sont plongés dans un noir absolu (même les indications de sortie de secours sont masquées). Un silence fait office d’ouverture car ce spectacle où les syllabes sont taillées comme des notes, s’apparente davantage à la musique qu’au théâtre parlé. Les textes écrits en langue anglaise n’ont pas été conçus pour être entendus ou compris en tant que tels. Ils sont les moteurs de divagations mentales comme autant de chants de solitude.

Trois textes tardifs du poète ascète de En attendant Godot et de Fin de partie. Obscurité totale pour le premier, Not I (Pas moi) autrefois joué en France par Madeleine Renaud, ne laisse voir qu’une loupiote en forme de bouche qui bouge, se plisse, sursaute au rythme cadencé d’une voix qui débite à toute vitesse une longue plainte entrecoupée de cris de rage, de rires et d’explosion de joie. On comprend pourquoi le spectacle est affiché en langue anglaise non surtitrée. Aucune traduction ne saurait rendre compte de ce qui se débite à la manière d’une musique atonale.

Quelques minutes de silence encore avant Footfalls (Bruits de pas), deuxième temps de la représentation. Une silhouette de femme, mince, fragile, floue, en longue robe blanche fait les cents pas. Elle est la fille qui marche, fait demi -tour, avance le long d’un mur invisible, d’une porte qui ne dit pas son nom, elle est la mère qui meurt derrière cette porte. Voix cristalline, voix rocailleuse, la clarté d’un soprano léger alterne avec les ombres d’un contralto fatigué. Les pas résonnent, la vie passe.

Silence encore. Puis, se balançant sur un fauteuil à bascule (rocking chair,) une femme passe de l’ombre à la lumière fait entendre sa plainte, sa voix est visuellement filtrée par les allers-retours des éclairages qui nappent ou dénudent son visage… Rockaby est une sonate pour actrice, comme l’écrivait un critique anglais.

Lisa Dwan, interprète unique de ces trois voyages, est irlandaise. Elle fait le pari insensé d’incarner ces voix, ces cris de solitude, ces nuits intérieures. Elle s’en réfère à la musique comme l’avait fait la créatrice de Not I (« Un Schoenberg dans la tête », disait-elle). Lisa Dwan est prodigue, prodigieuse, virtuose à la façon d’une soprano colorature ou d’une violoniste de concours. Présente dans le néant d’une nuit de théâtre et de musique. Elle a joué les trois étapes de cette pérégrination dans beaucoup de cités dans le monde. Suscitant partout le même émerveillement. L’Athénée a eu l’heureuse idée de l’inviter sur son plateau intime. Pour cinq représentations seulement. Dommage.

Not I /Footfalls/Rockaby , textes de Samuel Beckett, mise en scène Walter Asmus, scénographie Alex Eales, lumières James Farncombe, musique Tom Smail. Avec Lisa Dwan .

Théâtre de l’Athénée, du 11 au 15 mars.

01 53 05 19 19

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