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Critiques / Théâtre

Mary Prince d’après "Récit d’une esclave antillaise"

par Gilles Costaz

Le Temps des colonies

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Effrayant témoignage, mais fondamental pour l’Histoire, que celui de Mary Prince, femme de couleur utilisée et vendue comme esclave dans les colonies britanniques, qui parvint à publier son autobiographie à Londres en 1831. Ecrit dans une langue très simple, le livre de Mary Prince conte la destinée d’une femme exploitée aux Antilles, sans cesse battue, humiliée, privée de sa mère et de sa famille, échangée, reprise, affectée à des travaux incessants qui ruinent sa santé. On lui refuse l’émancipation alors qu’elle a réuni les conditions financières et juridiques pour l’obtenir. Son mariage avec un esclave ne change rien.

La soumission et la domination sont trop ancrées dans le système pour qu’elles soient contestées par tous ceux qui en souffrent. Mary, elle, parvient, tardivement, à se faire entendre, à partir du moment où elle est transférée des Bermudes à Londres. Grâce à sa rencontre avec la Société contre l’esclavage, elle parvient à s’exprimer, à bénéficier de traitements plus humains et de la liberté, à mener un combat politique modeste et à conter sa vie à une personne qui prend fidèlement ses confessions en note. L’ouvrage paraît, fait hurler, mais la vérité est là : les esclaves sont parfois moins bien traités que des animaux, ils ne sont pas regardés comme des êtres humains, et leurs maîtres sont des bourreaux impunis et sûrs de leurs bons droits.

L’actrice Souria Adèle conte cette vie de souffrance, d’une voix douce, sans colère, dans la blessure intérieure. Dans sa robe stricte, dont l’élégance sévère est celle des sociétés protestantes (elle fait beaucoup confiance à Dieu, Mary, et doit une part de sa résistance à sa foi nourrie aux sermons d’une église dissidente), elle semble parler comme depuis une estampe ancienne, d’où la vérité, longtemps étouffée, surgit enfin, mais lentement, progressivement. Et l’on ne sait plus qui souffre à présent : ce personnage, si vrai, ou nous-mêmes, honteux d’une telle ignominie perpétrée par nos civilisations. La mise en scène d’Alexis Descas cadre cette confession dans une extrême sobriété. Pas d’effets, rien que des mots qui mettent fin au silence et au mensonge, dans l’interprétation impitoyablement douce de Souria Adèle.

Mary Prince d’après « L’Histoire de Mary Prince, Récit d’une esclave antillaise » de Mary Prince, traduction et adaptation d’Emma Sudour et Souria Adèle, mise en scène d’Alex Decas, décor de Denis Renault, lumière d’Agnès Godard, costume de Charlotte David.

Manufacture des Abbesses, tél. : 01 42 33 42 03, 19h du mercredi au samedi, jusqu’au 22 mars. (Durée : 1 h 05).

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