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Critiques / Théâtre

Music-Hall de Jean-Luc Lagarce

par Jean Chollet

A l’ombre des projecteurs

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“ La Fille ” poursuit comme chaque soir depuis quelques décennies sa tournée de ville en ville, dans des lieux de music-hall plus ou moins ringards ou mal équipés. Elle raconte son histoire, entre représentations et rencontres, ses relations avec ses deux boys, dont l’un fut son mari, l’autre son amant, son rapport au public parfois clairsemé, ses petites joies, ses rêves et ses humiliations face aux “goguenards “ croisés dans ses pérégrinations quotidiennes et artistiques locales. Mais surtout à travers ses évocations, elle atteste un amour pour la scène dont elle ne peut se passer, tour à tour révoltée ou affabulatrice. Cette pièce, a été écrite en 1988, par Jean-Luc Lagarce, l’un des dramaturges majeurs du théâtre contemporain, décédé du sida le 30 septembre 1995 à Paris à l’âge de 38 ans. Elle témoigne de son amour du théâtre et son empathie avec ses interprètes, dans une écriture qui atteste d’une pensée toujours en mouvement entre narration et monologue. Souvent représentée par différents metteurs en scène de François Rancillac à Lambert Wilson, elle connaît une nouvelle version avec cette mise en scène de Véronique Ros de la Grange, fondatrice de la Hybrides & Compagnie, qui a déjà côtoyé cette pièce au TNS en 1999. Outre l’articulation cohérente des différentes séquences et enchaînement de leur rythmes, elle a eut l’excellente idée de confier le rôle de la fille à un comédien, comme le fut l’excellent Hervé Pierre dans la mise en scène de François Berreur. Mais pas n’importe lequel. Dans un décor de rideau rouge et paillettes, vêtu d’une petite robe noire sous une perruque en accroches cœur plaqués, avec collier de perles et hauts talons, Jacques Michel, interprète rencontré auprès de Martinelli, Langhoff ou Laurence Calame, exprime ici avec grand talent et subtilité les différentes facettes de cette femme plongée dans sa solitude. Avec pour seul accessoire de jeu emblématique un tabouret noir sur lequel, jambes croisées ou jointes, elle livre ses souvenirs et ses états d’âme. En portant les traces du temps écoulé, le comédien livre les différentes strates d’une condition humaine ouverte, au delà des considérations de genre, sur des abîmes existentiels et identitaires. Tour à tour, provocant sans excès parodique, espiègle, mutin, contestataire, mensonger ou bouleversant, en laissant apparaître les blessures, les joies et les désarrois intérieurs. En convoquant ses partenaires disparus par l’imaginaire, maniant l’humour et la dérision comme auto-défense, ou chantant un succès de Joséphine Baker De temps en temps , il (elle) traduit avec légèreté un immense vide dans lequel il faut puiser des raisons de vivre. A la fois drôle et émouvant un spectacle qui par sa réussite touche au cœur.
Crée à la Manufacture des Abbesses la saison dernière, le spectacle est repris au Théâtre de la Reine Blanche

Music-hall est publié comme les autres pièces de Jean-Luc Lagarce aux éditions Les Solitaires intempestifs.

Music-Hall de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Véronique Ros de la Grange, avec Jacques Michel, lumière Danielle Milovic, son Alain Lamarche, maquillage/coiffure Arnaud Buchs. Durée : 1heure 10.
Th"âtre de la Reine Blanche Paris jusqu’au 2 avril tel:01 40 05 06 96

Photo © Marc Vanappelgem

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