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Mort d’Eléonore Hirt

par Gilles Costaz

Adieu à la "papesse américaine"

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Elle nous a quittés tardivement, âgée de 97 ans, le 27 janvier. Ces si longues vies font souvent que l’oubli du public se forme pendant les dernières années. Pourtant, Eléonore Hirt a été une très grande comédienne, dont la vie a rejoint plusieurs aventures capitales du théâtre. Qu’elle ait été la première femme de Michel Piccoli est important mais sa carrière se déroula dans d’autres sphères que celles de ce grand personnage. Dès ses débuts, juste avant la guerre, elle participait, très jeune, aux spectacles de Dullin, Barrault, Herrand. Après guerre, elle était l’une des grandes interprètes des spectacles du metteur en scène essentiel qu’était Jean-Marie Serreau : ainsi a-t-elle joué de très acrobatiques Beckett sous sa direction à l’Odéon-Théâtre de France ! Mais elle n’appartint pas à une unique chapelle. Elle restait l’amie de gens qu’elle avait connus chez Barrault, comme Jean Desailly et Simone Valère, passait du théâtre de Chaillot (où elle fut l’une des Troyennes d’Euripide-Sartre mis en scène par Cacoyannis en 1966) au Poche et à une pièce de Peter Ustinov, mais sa famille de théâtre se composa surtout d’auteurs à l’écriture insolite : Pierre Bourgeade, Robert Poudérou, Victor Haïm, Eric Westphal, Jean-Marie Patte… Elle joua beaucoup Thomas Bernhard, notamment à l’occasion d’Avant la retraite que mettait en scène Claudia Stavisky en 1990. Ses derniers rôles lui furent confiés par des metteurs en scène aventureux comme Bruno Bayen ou Jean-Baptiste Sartre ainsi que par des comédiens amis, tels Béatrice Agenin et François Marthouret.
L’un de ses spectacles les plus marquants fut La Papesse américaine de Robert Poudérou d’après Esther Vilar, en 1982 : c’est une fiction qui se passe en 2040. Une femme est élue papesse et elle casse tous les dogmes et toutes les certitudes du Vatican, clamant ses pensées et son programme sur une chaîne de télévision relayée par les satellites du monde entier. Eléonore Hirt avait à la fois une énergie et une intériorité qui faisaient merveille dans cet éclatant pamphlet féministe. Lorsque Nathalie Mann reprit la pièce en 2012, la comédienne âgée reçut celle qui lui succédait dans le rôle et lui donna quelques conseils qui s’intégrèrent à la mise en scène de Thierry Harcourt.
Eléonore Hirt était une personne, exigeante, parfois entière, associant la douceur et la flamboyance, avec une bonne dose de fantaisie. Son remariage avec l’acteur-écrivain André Rouyer fut l’un des moments forts et touchants de sa vie. Son visage fin et toujours passionné, sa voix musicale nous resteront à travers un certain nombre de films, comme Vie privée de Louis Malle ou Les Princes de Tony Gatlif.

Photo DR.

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