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Critiques / Théâtre

Monsieur chasse de Feydeau

par Gilles Costaz

Une bombe à retardement

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Monsieur Duchotel chasse. Du moins, Monsieur Duchotel dit-il à sa femme qu’il va à la chasse. Il en rapporte des preuves incontestables : des pâtés de gibier achetés chez le traiteur ! Sa femme Léontine n’est pas dupe. Elle prépare sa revanche : elle se donnera au meilleur ami de son mari, qui la lutine depuis belle lurette, si la trahison est établie avec des preuves encore plus éloquentes. Chacun se prépare à commettre ses infidélités mais tous ont choisi le même endroit, la même adresse, la même maison de rendez-vous. Tous, y compris le neveu qui croit trouver là un nid tranquille pour son amourette en cours et un ami qui délègue au même étage un commissaire pour faire pincer son épouse. Tous ces gens qui ne devaient pas se rencontrer se frôlent, se croisent, s’évitent, se cachent, se télescopent et se content des cracks. Jusqu’à ce que triomphe la paix bourgeoise qui n’est pas incompatible avec l’immoralité. Du moment qu’on a su cacher son jeu tout en triomphant au jeu d’obstacles !

Monsieur Chasse n’est pas la pièce la plus enlevée de Feydeau. Elle peine à démarrer tant elle délivre d’informations dans le premier acte pour que tous les quiproquos fonctionnent à plein dans le troisième. Heureusement, il y a une jolie invention dans le deuxième acte qui lui donne une saveur dont l’action avait besoin : le personnage d’une comtesse déclassée et devenue concierge dans la maison de rendez-vous (pour avoir eu une liaison avec un dompteur du cirque Fernando). Ce rôle, Claire Mirande l’interprète avec finesse, dans sa drôlerie et son étrangeté. Il n’en est pas moins vrai que la bombe Feydeau agit ici avec retardement, malgré un dispositif de portes qui s’ouvrent se ferment ingénieusement, au point de faire disparaître les changements de décor et de créer le lieu absolu du vaudeville : rien que des portes et des alcôves !

Tous les acteurs dessinent finement leur personnage de trompeur trompé : Jacques Fontanel, l’ami dragueur, Marie-Christine Letort, la femme qui se venge, Emmanuel Dechartre, l’homme respectable qui ne comprend rien, Thomas Sagols, le neveu profiteur, Jean-Paul Tribout, le chasseur qui ne chasse que les trophées féminins, et Xavier Simonin, fort habile dans le double rôle du domestique et du commissaire. Plus Claire Mirande, en aristo prolétarisée. Cela forme une belle équipe qui sait que jouer Feydeau est autant une discipline sportive qu’artistique.

Monsieur chasse de Feydeau, mise en scène de Jean-Paul Tribout, décor d’Amélie Tribout, costumes de Julie Allègre, lumières de Philippe Lacombe, avec Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Claire Mirande, Thomas Sagol, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout. Théâtre 14, tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’au 6 juillet (relâches du 20 au 22 juin).

Photo Lot

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