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Mon petit théâtre au long cours de Vincent Colin

par Gilles Costaz

L’air du large

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Au théâtre, il ne faut pas abuser de ses souvenirs. Les livres de mémoires sont souvent pleins de choses emportées par le vent, donc vides. Alors que nous importe le récit de Vincent Colin, Mon petit théâtre au long cours, 30 escales du Havre à Shangaï ? Il est plus modeste que bien des ouvrages, de telle sorte que cette parole d’artiste-artisan sonne plus vrai que les habituelles rodomontades des matamores de la scène. Vincent Colin, né dans un port (Le Havre), voyageur amoureux de la diversité de la planète, a d’abord travaillé dans la compagnie du compositeur Georges Aperghis : une belle école. Puis il a créé sa propre troupe, avant de diriger deux structures importantes : le Théâtre des Arts à Cergy-Pontoise et le Centre dramatique de l’océan indien à Saint-Denis de la Réunion. En dehors de ses propres spectacles, dont il était souvent l’auteur ou l’adaptateur, il a su faire confiance à d’autres équipes et, quand il était à la Réunion, donner leur chance et un éclat international à des artistes de l’île où il était, de Madagascar ou de la Namibie. Récemment, il a participé à la renaissance du Lucernaire où, parmi d’autres mises en scène, il a ressuscité une pièce oubliée de Voltaire (L’Ecossaise ou Le Café) et donné une belle vie théâtrale à Bouvard et Pécuchet de Flaubert. A présent, il nous donne à lire la rétrospective de sa carrière, mais sans vanité, en rendant hommage à ceux qui l’ont aidé ou qu’il a aidés (Jean-Pierre Wurtz au ministère de la Culture, la troupe malgache Landyvolafotsy, etc.) et en raillant gentiment ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues (la municipalité de Vannes où il avait implanté sa troupe en rentrant de l’océan Indien, Pierre Bergé qui, en tant qu’ayant-droit de Cocteau, brida la tournée de la merveilleuse mise en scène que Colin avait faite des Mariés de la tour Eiffel et que jouaient des acteurs-danseurs namibiens...).
Colin est majoritairement bienveillant. Les anecdotes qui lui viennent sous la plume sont joyeuses avec profondeur. On le lit avec un plaisir continu. Face aux missions qu’implique l’Etat (il se moque quelque peu de l’administration et des propos solennels que peuvent afficher des établissements publics, critique les jeux respectifs du in et du off à Avignon) il revendique sa ligne personnelle, qui privilégie l’adaptation de grands textes littéraires. Il a, en effet, transposé avec justesse Maupassant, Voltaire, Kafka, Albert Londres, Tocqueville, des poèmes d’Hugo, même si ses plus grands succès sont appuyés sur des textes théâtraux, comme Monsieur Jourdain au Tonkin qui fit sensation à Saïgon. « Les gens de théâtre et les critiques patentés sont souvent mal à l’aise avec les adaptations, écrit-il. Il s’agit pour eux d’un théâtre subalterne, ne faisant pas parti du répertoire. Rien ne vaut à leurs yeux une pièce écrite originellement pour la scène. C’est bien dommage. » Comme il mis en scène des textes de Pliya, Minyana, de La Parra, on minimisera cette profession de foi. Colin a su défendre à la fois le théâtre des poètes de la scène et celui qui dort dans les œuvres littéraires. Capitaine Colin natif du Havre, malgré l’âge qui n’épargne pas les loups de mer, ne laissez pas votre navire théâtral en cale sèche. L’air du large souffle dans vos propos. C’est rare !

Mon petit théâtre au long cours de Vincent Colin. Editions de L’Harmattan, 270 pages, 22 euros.

Photo DR : représentation de La Paix d’après Aristophane à Saint-Denis de la Réunion. A gauche, Vincent Colin.

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