Accueil > Mon Traître d’après deux romans de Sorj Chalandon

Critiques / Théâtre

Mon Traître d’après deux romans de Sorj Chalandon

par Dominique Darzacq

Le crève-cœur d’une trahison

Partager l'article :

Journaliste et écrivain Sorj Chalandon, avant de chroniquer chaque semaine sur la télé et le cinéma dans Le Canard Enchaîné, a patrouillé aux quatre coins du globe pour le quotidien Libération. Couronné du Prix Albert Londres pour sa couverture du procès Klaus Barbie, le grand reporter a couvert bien des conflits, de L’Irlande du Nord à l’Irak en passant par l’Afghanistan et le Liban qui lui inspira Le quatrième mur.
« Chacun de mes livres est né d’une blessure intime » avoue le journaliste écrivain qui écrivit Mon Traître pour faire le deuil d’une amitié brusquement fracassée. Celle qui le lia à Denis Donalson grande figure de l’IRA avec qui il partagea le sang et les larmes des catholiques de L’Irlande du Nord et dont il apprit un jour en lisant le journal, que celui qui en était leader avait trahi la cause républicaine pendant vingt-cinq ans.

En scène, sur un plateau nu balayé d’orage et battu par la pluie, Antoine, (le double de Sorj Chalandon) interpelle avec rage la dépouille inondée de Tyrone Meehan (alias Donalson) « Pourquoi as-tu fait ça ? ». Question brûlante à laquelle l’écrivain a tenté de répondre à travers deux livres, l’un Mon Traître donne la parole au trahi, l’autre au traître avec Retour à Killibbegs un magnifique dyptique pétri de douloureuse humanité que le metteur en scène Emmanuel Meirieu a réuni pour la scène en trois narrations faites devant un micro.


Dans une atmosphère funèbre et blafarde qui sied au propos, trois personnages viennent tour à tour parler comme on porte témoignage. C’est d’abord Antoine (Laurent Caron), l’ami luthier qui décidément ne peut pas faire le deuil de son amitié brisée par la trahison, en gratte la plaie toujours ouverte à coup d’incroyables souvenirs, tel, celui de leur première rencontre à Belfast, au Thomas Asch, le club où Tyrone Meehan apprit « au petit français à pisser ». Vient ensuite, Jack (Stéphane Balmino) le fils du traître dont le chant guttural pleure le père disparu. Puis apparait tel un spectre le traître lui-même .Fantôme épuisé, Tyrone Meehan (Jean-Marc Avocat) ne vient pas pour avouer, mais pour raconter le chemin de l’enfance à la trahison. Il raconte son père violent et alcoolique, une enfance difficile et misérable, son engagement au sein de l’IRA, la prison et ses sévices, de son désarroi et de sa solitude face à sa trahison.
Servi par l’engagement des trois excellents comédiens, Emmanuel Meirieu a conçu une mise en scène radicalement minimaliste que se veut « l’écrin sobre du joyau qu’est le texte » et l’on comprend bien que pour nous le faire bien entendre il s’en remette aux seuls acteurs. Cependant, en passant par le micro qui uniformise la voix des comédiens, les mots de Sorj Chalandon perdent de leur chair et du coup, nous laissent un peu sur la rive d’une œuvre bouleversante d’humanité qui nous interpelle sur les méandres de la trahison en même temps qu’elle nous parle des douleurs de la perte.

Mon Traître, d’après « Mon Traître » et « Retour à Killibegs » de Sorj Chalandon. Adaptation et mise en scène Emmanuel Meirieu, avec Jean-Marc Avocat, Stéphane Balmino, Laurent Caron (durée 1h10)

Théâtre du Rond-Point 21h jusqu’au 29 janvier tel 01 44 95 98 21
Et en tournée : février : 7 Epernay ,14-15 Tournai (Belgique), 28 Argentan.
Mars : 2 Meudon, 10 Châteauvallon/Ollioules, 14 Libourne, 17 Vénissieux, 23 Dunkerque , 28 Fécamp, 31 Landivisiau

Photos Jean-Marc Avocat (Tyrone Meehan) © Mario del Curto, Laurent Caron (Antoine) © Emmanuel Meirieu

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

2 Messages

  • Mon Traître d’après deux romans de Sorj Chalandon 10 janvier 16:17, par Arthur Renaud

    L’auteur Sorj Chalandon a adoré la pièce. Il n’a pas trouvé que ses mots aient perdu de leurs chairs.
    "J’ai assisté à une représentation de la pièce d’Emmanuel Meirieu. C’était en avril dernier, à Lausanne. Et j’ai été saisi. J’ai entendu des mots d’encre et de papier transformés en orage.
    Je ne m’attendais pas à une telle puissance. À une telle force. À cette "terrible beauté".
    Et j’ai pleuré, comme les autres, dans l’obscurité qui me protègerait."
    Sorj Chalandon avril 2013

    repondre message

  • Bonjour existe t il un DVD de ce magnifique moment de théâtre ??

    repondre message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.