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Critiques / Théâtre

Meilleurs alliés d’Hervé Bentégeat

par Gilles Costaz

Churchill-De Gaulle, le bras de fer

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Trois jours en Angleterre, mais trois jours essentiels pour l’histoire du monde. Du 5 au 7 juin 1944, Churchill, premier ministre de son pays, reçoit De Gaulle, le chef de la France libre dont les Anglo-Américains acceptent du bout des lèvres la légitimité. Roosevelt préférait le général Giraud et Churchill n’aime pas beaucoup ce grand officier raide comme un piquet. D’ailleurs, dans l’esprit des alliés, les jeux sont faits : le débarquement va avoir lieu sans la participation de la France clandestine et sans que les instances de la résistance soient associés à la stratégie. De Gaulle est rouge de colère, Churchill rouge d’alcoolisme. L’affrontement dans les vapeurs de whisky et la fumée des cigares va être tendu. Le bras de fer va mettre en jeu d’imprévus rapports de force. Les entrée discrètes d’Anthony Eden et du conseiller français Viénot ajoutent au débat les points de vue plus subtils des diplomates car, courroucé, Churchill enverrait bien De Gaulle dans une geôle de la tour de Londres pour ne plus l’avoir dans les pattes…
La pièce d’Hervé Bentégeat commence exactement comme Le Souper de Jean-Claude Brisville : deux grands personnages se retrouvent dans un huis clos et passent peu à peu de la courtoisie au pugilat. Bentégeat se coule dans le modèle de ces pièces historiques où l’on réinvente théâtralement ce qui n’a pas laissé de trace. Parti de façon un peu chansonnière, le texte évolue vers une vision plus profonde du passé et plus politique. Il flotte un peu, change de ton mais il est toujours écrit d’une plume judicieuse. La mise en scène de Jean-Claude Idée s’amuse beaucoup à souligner la cocasserie de relations où la petitesse concurrence la grandeur. On ne sait pas pourquoi il fait parler Churchill avec un accent britannique et Eden sans accent. Mais cela n’a pas beaucoup d’importance. Les acteurs principaux jouent dans le relief : Michel de Warzée est un Churchill joyeusement pervers et ivrogne, fort plaisant. Pascal Racan compose De Gaulle à la manière dont on fait bien des caricaturistes, mais avec un brin d’humanité et de tristesse qui rehausse le personnage. Leurs partenaires, Laurent d’Olce et Denis Berner, jouent au contraire le retrait et donnent à la comédie l’arrière-plan, le feutré qu’elle n’aurait pas si elle n’avait été interprétée que dans le grossissement burlesque. La vidéo projetée sur le décor est étonnante (les actualités de l’époque surgissent au gré d’effets spéciaux). Le spectacle vient de Bruxelles : ce n’est pas de l’humour belge, mais il est dans la bonne distance avec laquelle nos voisins savent parler de ce qui concerne la France.

Meilleurs Alliés d’Hervé Bentégeat, mise en scène, décor, costumes et lumières de Jean-Claude Idée, vidéo et son d’Olivier Louis Camille, avec Pascal Racan, Michel de Warzée, Laurent d’Olce et Denis Berner.

Petit Montparnasse, tél. : 01 43 22 77 74.

Photo Pascal Gély.

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