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Mazzola, l’amour et la mer

par Christian Wasselin

A l’occasion de son premier concert à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre national d’Île-de-France fait se télescoper l’Andalousie et les brumes de l’Angleterre.

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A côté de l’Orchestre de Paris, des Arts florissants et de l’Orchestre de chambre de Paris, l’Orchestre national d’Île-de-France a désormais le statut de formation associée à la nouvelle Philharmonie qui vient d’ouvrir ses portes au parc de La Villette. Ce qui n’empêche pas cette formation de continuer à donner la plupart de ses concerts, ainsi que l’exige sa mission, dans toute la région parisienne.

A l’occasion de son premier rendez-vous avec la Philharmonie, qui a eu lieu le 27 janvier, l’orchestre et son chef Enrique Mazzola ont choisi de faire se rencontrer les passions les plus violentes, de L’Amour sorcier à Carmen et à Peter Grimes, sans se soucier de l’étroit et prudent équilibre avec lequel sont composés, la plupart du temps, les programmes de concert.

L’Amour sorcier (Amor brujo) n’est pas une partition oubliée mais une œuvre étrange, hybride, d’une beauté farouche, dont on n’a jamais su si elle devait prendre la forme d’un opéra, d’un mélodrame, d’une cantate, voire d’un cycle de mélodies. Falla, ici comme ailleurs, ne nous a pas facilité la tâche en imaginant un ballet-pantomime qui sera plusieurs fois révisé par la suite et qui met en scène une cantaora, c’est-à-dire une chanteuse-comédienne-récitante adepte du style flamenco, et un orchestre. L’enjeu : deux amants qui se déchirent et qui se retrouvent.

L’Amour sorcier était donné ici avec la participation de Rocio Marquez : une cantaora qui n’a pas les cheveux piqués de fleurs maléfiques, qui ne roule pas des yeux, qui ne paraît pas prendre à témoin le ciel à chaque coup de talon. Mais qui est affublée d’un micro-balafre, tout comme le sont Catalina Denis et le metteur en scène Nicolas Briançon, qui lui donnent brièvement la réplique. Franchement, dans une salle neuve comme la Philharmonie, voir et entendre des interprètes munis de microphones, quelle frustration ! Œuvre indomptable, L’Amour sorcier n’était peut-être pas la partition idéale, dans ces conditions, pour faire connaissance avec une acoustique nouvelle. C’est sans doute pourquoi l’orchestre, gêné par les interventions amplifiées, a semblé rester sur sa réserve, avec un hautbois solo timide et des cordes peu engagées, là où il aurait fallu tout donner.

La Philharmonie en folie

La seconde partie s’ouvrait avec la brève Masquerade d’Anna Clyne, compositrice associée à l’orchestre. Une page exubérante, sans grande rugosité harmonique ni rythmique, mais qui semble bizarrement rester sur place alors qu’elle évoque les concerts-promenades organisées à Londres au XVIIIe siècle. Londres, ville des élans pétrifiés ?

Le mieux est à venir. Voici les Four Sea Interludes (Interludes marins) de Britten, d’abord, qui reprennent des pages orchestrales de l’opéra Peter Grimes. L’orchestre y retrouve sa vigueur, sa dynamique, ses couleurs, avec des percussions qui ensauvagent la musique et une trompette solo capable de la plus grande douceur. Puis on change de climat avec des extraits des deux Suites de Carmen, dont l’orchestre, désormais tout à fait à l’aise, restitue les vertus : vives, pimpantes, pleines d’allant, elles mettent en joie tout le monde. Le hautbois est cette fois à la fête, les flûtes exultent, Mazzola fait claquer les mains du public à l’occasion d’un bis, la soirée se termine dans l’euphorie.

Cette seconde partie, au bout du compte, rend justice à l’acoustique claire et sonore de la Philharmonie. Une acoustique légèrement plus réverbérée que celle du nouvel Auditorium de Radio France, en raison notamment de la différence de taille entre les deux lieux, une acoustique un peu moins analytique aussi, et qui sera sans doute affinée au fil des semaines ; on a dit en effet comment, à l’issue d’une répétition, le son des cordes ne montait pas idéalement jusqu’au balcon. Au parterre en revanche, l’image est équilibrée, et on se rend compte qu’il n’est pas nécessaire de mettre dix contrebasses sur le plateau pour faire sonner un orchestre et lui donner du corps.

Photo : Enrique Mazzola (dr)

Falla : L’Amour sorcier  ; Anna Clyne : Masquerade  ; Britten : Four Sea Interludes ; Bizet : Carmen, Suites 1 et 2 (extraits). Rocio Marquez, Catalina Denis, Nicolas Briançon ; Orchestre national d’Île-de-France, dir. Enrique Mazzola. Philharmonie de Paris, 27 janvier 2015 (ce concert, sans Masquerade, sera redonné le samedi 31 au Théâtre Luxembourg de Meaux).

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