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Critiques / Opéra & Classique

Maxence Pilchen joue Chopin

par Christian Wasselin

Les Préludes sont autant de lapidaires et superbes balises au long du voyage imaginaire où nous entraîne Maxence Pilchen.

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Avec les deux cahiers de douze Études (op. 10 et op. 25), les Préludes op. 28 forment l’un de ces grands cycles conçus par Chopin lui-même à la manière d’un ensemble insécable et immuable, comme on le disait autrefois de l’atome. Bien sûr, il est toujours possible de jouer telle ou telle étude, voire de recomposer un cahier de fantaisie, mais l’enchaînement des tonalités fait que Chopin a imaginé là deux itinéraires qui méritent qu’on les suive jusqu’au bout.

C’est encore plus vrai pour les Préludes, dont les choix harmoniques, là encore, mais aussi la brièveté, la violence intérieure, les ruptures de dynamique, disent la force concentrée. Maxence Pilchen, qui vient de jouer à la salle Gaveau cette précieuse mosaïque dans sa continuité, parle-lui-même d’un « chemin de vie » soutenu par « une grande logique musicale qui n’entrave pas une très grande liberté dans l’expression des sentiments ». Disciple de Byron Janis, le jeune pianiste franco-belge aborde ces vingt-quatre miniatures avec sobriété, sans jamais chercher l’effet. Les mélancolies, les tempêtes, les humeurs maussades, les élans passionnés, tout reste sous ses doigts contenu en-deçà des débordements, quand bien même le cycle donnerait l’impression d’une improvisation transcendée (« cacher l’art par l’art même », disait Rameau). On écoute avec lui cette espèce de journal intime amoureux comme on boirait une liqueur hors d’âge qui aurait conservé son équilibre et son parfum, et le Dix-septième prélude sonne comme un aveu émerveillé.

Longuement mûris par le compositeur et par l’interprète, les Préludes op. 28 ont quelque chose d’un aboutissement. Aussi, il est assez déconcertant de s’y abandonner d’abord puis, au cours d’une seconde partie, d’écouter des pages isolées, aussi belles soient-elles, comme la Quatrième Ballade, le Quatrième Scherzo ou la Polonaise op. 53 dite « Héroïque  ». Maxence Pilchen les aborde avec la même humilité, mais sans le même art des miroitements et des contrastes maîtrisés qui fait l’intérêt de ses Préludes. Choix finalement peu aventureux, au bout du compte, qui fait retomber la tension et qu’on aurait aimé, d’une part plus fouillé, moins morcelé, d’autre part conçu comme un vaste prologue au cycle définitif des Préludes.

A écouter : les 24 Préludes op. 28 par Maxence Pilchen (1 CD Paraty 115 131).

photographie : dr

Chopin : 24 Préludes op. 28, Ballade n° 4, Scherzo n° 4, Polonaise « Héroïque ». Maxence Pilchen, piano. Salle Gaveau, 30 juin 2015.
Maxence Pilchen jouera Chopin le 27 juillet au Festival des Landes, et Mozart le 21 août aux Milles musicaux de La Trinité-sur-Mer.

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