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Critiques / Théâtre

Mathias et la Révolution de Leslie Kaplan

par Marie-Laure Atinault

La Révolution est à Lille, avec une troupe formidable

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Le spectacle de sortie des promotions de l’École du Nord (École professionnelle Supérieure d’Art Dramatique du Nord-Pas-de-Calais) est un rendez vous que nous ne saurions manquer. L’École du Nord, créée par Stuart Seide, présente la dernière promotion choisit par lui. Christophe Rauck, le nouveau directeur, se passionne pour cette aventure, et il vient de choisir les élèves de la nouvelle promotion. Christophe Rauck désire que les auteurs de théâtre soient très présents au sein de l’École du Nord. Il a choisit de confier à Leslie Kaplan le texte pour le spectacle de sortie de la 4ème promotion. Il s’agit d’un roman et non d’un texte purement théâtral. Le sujet du roman emballe les deux metteuses en scène, Élise Vigier et Frédérique Loliée, qui désirent en faire une adaptation. La dramaturge écrit le texte, en sachant qu’il sera adapté pour la scène. Un moteur nouveau dans le parcours de Leslie Kaplan. Le roman est en cours d’écriture, il paraîtra aux Editions P.O.L.

Mathias est un jeune homme de notre époque. Il traverse Paris, mais au fil des rues son esprit vagabonde et il pense à la Révolution. Paris est un vaste livre ouvert sur les événements de la Révolution. Il va croiser une foule, non pas de « sans culotte », mais de gens qui pensent à leur vie actuelle, à la Révolution. On se parle, on se frôle, on s’écoute parfois, on colporte des rumeurs. Mathias est la conjonction de coordination de ce petit peuple de Paris. Ce n’est pas une pièce historique, il s’agit plutôt d’une pièce d’humeur, de sensation. Mathias, et tous les gens qu’il croisse, savent qu’ils vivent une période de mutation. Leslie Kaplan écrit la Révolution avec un R majuscule car la référence est la Révolution de 1789. La définition du mot dans le dictionnaire est : mouvement d’un corps céleste sur son orbite, ou un changement brusque et violent. Nous voilà prévenus. Notre société change les modes de pensées. Mathias a un rendez vous important, et tout lui fait penser au bouleversement révolutionnaire.
Les personnes qui croisent Mathias apportent tous un élément de réponse ou de non réponse aux questionnements de Mathias. Tous parlent de la Révolution, mais aussi de Mai 68, avec ses barricades, ses réunions, ce désir profond de changement. Avec Mathias la Révolution doit être verbalisée pour espérer qu’elle fasse son parcours. Le spectacle est printanier, dans le sens qu’il insuffle un vent vivifiant. Ce petit vent délicieux qui souligne une journée chaude avec ce soleil taquin qui fait reprendre espoir. La notion de balade est très importante. Mathias se balade dans Paris. La scénographie d’Yves Bernard est un élément constitutif du jeu des comédiens. Une tournette de belle propension tient le centre de la scène. En son milieu un pan de mur rétractable permet de souligner les multiples lieux décrits par Leslie Kaplan. La mise en scène d’Élise Vigier et Frédérique Loliée prend à bras le corps ce texte en devenir, en mutation. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans le spectacle, Mathias vit une folle journée, parfois le rythme s’emballe. La tournette tourne plus vite. Les comédiens escaladent le mur, se lancent sur ce disque de jeu comme des enfants qui prennent leur tour de manège. Tous les comédiens nous entraînent dans une carmagnole déjantée, à l’instar du rap « ça ira », un grand moment ! Au début, quelques comédiens jouent les ouvreurs, ils aboient des annonces, placent arbitrairement le public qui marche dans le jeu. La complicité est nouée avec le public.

La construction du début s’effrite un peu et l’on perd le fil de la déambulation de Mathias. Trente minutes d’errance dont le spectacle pâtit. On s’égare parfois, mais les comédiens nous tendent la main pour suivre ce périple révolutionnaire. Rien d’étonnant à ce que le spectacle soit un poil « foutraque » ! Il y a un tel talent, une énergie roborative. Parmi ce vivier de jeunes talents nous avons remarqué tout particulièrement, Ulysse Bosshard dans le rôle du fou qui sait si bien faire une déclaration à une souche. Victor Guillemot compose un sacré académicien. Lola Haurillon et Lou Valentini en rappeuses révolutionnaires. Tous les comédiens jouent plusieurs rôles sauf Arnaud Vrech qui incarne Mathias. Il est un jeune premier romantique dans la droite ligne des héros d’Éric Rohmer.

Pour tous les amateurs de théâtre ce rendez vous est immanquable !

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