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Critiques / Théâtre

Madeleine de Guillaume Apollinaire et Madeleine Pagès

par Gilles Costaz

Le poète soldat et la passagère du train de Nice

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Moins connu que la relation avec Lou, l’embrasement qui a réuni un temps le poète Guillaume Apollinaire et Madeleine Pagès est une histoire d’un grand intérêt littéraire et historique. En 1915, le poète en tenue de soldat parle de poésie à la personne qu’il salue tandis qu’il monte dans un train, à Nice. La jeune voyageuse qui écoute depuis son compartiment, Madeleine Pagès, accueille le militaire avec curiosité. Elle adore la poésie. Lorsqu’ils se retrouvent face à face dans le train en marche, tous deux discutent fébrilement des poètes et, quand ils se quittent, échangent leurs adresses. Reparti au front, alors que la guerre fait rage ou pendant les moments interminables de l’attente, Apollinaire lit les lettres que lui envoie l’inconnue ou lui écrit. La passion, le désir s’attisent pendant ces moments de séparation. Ils vont se revoir en Algérie, car elle habite Oran. Mais l’écrivain va de nouveau au front. Il est alors blessé à la tête. Leur amour, très rêvé, très exacerbé par la solitude, survivra-t-il à la cruauté des moments que traverse la France ?
Les auteurs du spectacle, Pierre Jacquemont et Alexandrine Serre, ont effectué un véritable travail de recherche. Ils ont obtenu de la famille de Madeleine Pagès des écrits qui n’étaient jamais sortis des archives de la famille. Ils les ont intégrés aux lettres qui ont été publiées. Ce dialogue contient donc des moments inédits. Le parti pris de mis en scène est tout à fait simple : chaque acteur est assis devant une table, et lit (ou dit) les lettres qui le concernent. Mais, parfois Jacquemont-Apollinaire lit un texte qui lui a été envoyé, comme s’il le découvrait. De même Madeleine-Serre dit à voix haute ce que son personnage est en train de lire après avoir ouvert son courrier. Pierre Jacquemont figure Apollinaire dans la plus pure des sobriétés, jouant à vif mais dans une totale intériorité. Alexandrine Serre joue le rôle de Madeleine avec plus d’exaltation visible, mais dans une émotion dont la flamme est d’autant plus forte qu’elle se met sur la réserve dès qu’elle frappe à la tête et au cœur. Cette correspondance et le jeu des acteurs sont, par leur vérité et leur climat de braise douce, tout à fait bouleversants.

Madeleine, l’amour secret d’Apollinaire, d’après les correspondances de Guillaume Apollinaire et Madeleine Pagès (d’avril 1915 à septembre 1916), adaptation de Pierre Jacquemont, avec Alexandrine Serre et Pierre Jacquemont. (Spectacle créé avec le soutien de Jean-Pierre Pagès et Laurence Campa. Lecture créée le 8 mars 2016 dans le Cadre du Printemps des poètes aux 3 Pierrots, Saint Cloud.)

Les Déchargeurs, 18h30 le lundi, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 27 mars. Les Lettres à Madeleine, préfacées par Laurence Campa, ont paru en Folio-Gallimard. (Durée : 1 h 15).

Photo iFou.

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