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Critiques / Théâtre

Madame Bovary d’après Gustave Flaubert

par Corinne Denailles

Version cabaret champêtre

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Ce serait bien présomptueux que de prétendre transcrire ce monument de la littérature, ce style incomparable, moderne et classique, d’une intelligence étourdissante. Il faut prendre ce joli spectacle sans prétention comme une évocation enlevée du roman et de ses protagonistes. Le ton est annoncé d’ailleurs avec les quelques instruments de musique et les petites chansons qui égayent le spectacle. Avec pour seul décor, une immense toile représentant un champ de blé, probablement normand, les quatre comédiens campent les rôles principaux avec légèreté et un certain humour, une certaine distance avec les personnages.
Gilles-Vincent Kapps, qui a composé la musique et signe la mise en scène avec Sandrine Molaro, incarne le pharmacien Homais, ami des Bovary, monsieur Lheureux, commerçant et escroc qui va mettre les Bovary sur la paille en abusant de la naïveté d’Emma, et aussi Rodolphe, le dandy et amant qui fait tourner la tête de la belle bourgeoise éprise de littérature et d’héroïnes romantiques. David Talbot, pull vert sans manches sur chemise blanche, est un Charles Bovary bonasse, amoureux de sa jolie femme et complètement aveugle et manipulé par elle. Ce soir-là, c’était Paul Granier (en alternance avec Félix Kysyl) qui interprétait Léon, le très jeune et maladroit clerc de notaire premier amant d’Emma.
Le point de vue est très féministe et si on perd la substantifique moelle littéraire flaubertienne, si on ne mesure pas ici la puissance d’évocation de l’écriture, à quel point l’environnement est un miroir intérieur des personnages, on perçoit la violence de la critique de ce petit monde masculin peuplé d’hommes médiocres et veules. Flaubert est du côté d’Emma, pourtant critiquable dans ses égarements, prête à toutes les folies pour satisfaire ses désirs, jusqu’à en mourir pour échapper à l’étouffement social qui la menace, croit-elle. Le spectacle, généreux et bon enfant, file joyeusement sur la crête de la passion amoureuse, dominé par Sandrine Molaro qui campe une Emma pulpeuse, lumineuse, palpitante de désir et de vie pour celui qui saurait la faire rêver et la sauverait de l’ennui conjugal et bourgeois où elle s’étiole.

Madame Bovary de Gustave Flaubert, adaptation Paul Emond, mise en scène Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps, avec Gilles-Vincent Kapps, Félix Kysyl ou Paul Granier, Sandrine Molaro, David Talbot. Scénographie, Barbara de Limburg ; lumières, François Thouret ; musique originale, Gilles-Vincent Kapps ; costumes, Sabine Schlemmer. Avignon, Théâtre Actuel à 12h05.
www.theatredepoche-montparnasse.com

Photo Brigitte Enguérrand
Félix Fysyl, David Talbot, Sandrine Molaro

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