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Critiques / Opéra & Classique

Madama Butterfly de Giacomo Puccini

par Jaime Estapà i Argemí

Une oeuvre fétiche à Barcelone

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L’opéra Madama Butterfly a été présenté au Liceu ce 20 juillet 2013 pour la 171ème fois. Bien que des pièces comme La Bohème (Giacomo Puccini) ou Aida (Giuseppe Verdi) le dépassent largement en nombre de représentations, l’histoire de la petite chinoise fait partie intégrante de la culture musicale du public du théâtre de la Rambla.

De Maria Farneti (1909) à Fiorenza Cedolins (2005) en passant par Rosina Storchio (1908), Mercedes Capsir (1939 à 1945), Victoria de los Angeles (1955), Renata Tebaldi (1957), Montserrat Caballé bien sûr (1963) et tant d’autres, toutes les stars du lyrique sont montées sur la scène du Liceu, déambulant à petits pas, parées du kimono nuptial (tout le monde garde en mémoire celui de Montserrat Caballé !).

Cette fois-ci le Liceu a repris la version de Moshe Leiser et Patrice Caurier, réalisée en coproduction avec le Covent Garden londonien, et déjà présentée pendant la saison 2005-06, une fois de plus avec quatre distributions différentes. C’est une des raisons qui ont poussé les metteurs en scène à confier à Justin Way la reprise du spectacle.

Le jeu des acteurs, plat et convenu, à une exception près, ne laissera pas de souvenir bien particulier, mais la simplicité toute japonaise des lignes du décor créé par Christian Fenouillat, alliée à la complexité et la richesse des arrière-plans aperçus depuis la maison de Pinkerton, tantôt réalistes (la vue du port de Nagasaki), tantôt poétiques (lors du mariage ou encore lors de la nuit d’amour) ont traduit à la perfection les sentiments des personnages.

Des interprètes à la hauteur

Patricia Racette a survolé vocalement le rôle de Cio-Cio-San sans avoir besoin de gonfler ni sa voix ni sa gestuelle en chantant les airs bien connus que les "licéistes" attendaient. Son émission a été ferme et son timbre régulier, nuancé et agréable. Elle a peu modifié la couleur de sa voix cependant au cours de la représentation. Stefano Secco, pour sa part, a mis en place tous les moyens vocaux dont il disposait, pour réussir les interventions héroïques au détriment des passages qui sont restés, par moments, tronqués, voire peu audibles. Dans l’ensemble cependant il a campé à la perfection F.B.Pinkerton, l’officier américain, lâche et ambigu, que réclamait l’histoire.

A leurs côtés la canadienne Marie Nicole Lemieux/Suzuki, a suivi avec grand soin les délires de sa maîtresse qu’elle a épaulée vocalement avec l’art et la manière, en particulier pendant le second acte. Fabio Capitanucci, Sharpless, pourtant bien centré sur son rôle, a fait sans aucun relief particulier la lecture de la magnifique lettre de F.B.Pinkerton. Rien à dire de particulier sur les brèves interventions, certainement réussies, de Ievgueni Orlov, l’oncle bonze, ou de Roberto Accurso, le prince Yamadori, dont le jeu scénique, tonitruant pour le premier et très sophistiqué pour le prince éconduit, correspondaient bien aux attentes du public.

C’est l’interprétation du rôle de Goro l’entremetteur, par Francisco Vas qui a produit la surprise. Affranchi de l’éventail dont est très souvent muni le personnage, luxueusement habillé par Agostino Cavalca, vocalement impeccable, l’artiste aragonais, a montré autant, sinon plus, par sa gestuelle que par les textes, la veulerie, la servilité, la cupidité du personnage, mais aussi son caractère autoritaire et son autosatisfaction lors de la bonne marche de ses affaires. La performance dramatique et vocale de Francisco Vas, pourtant parfaitement bien intégrée dans la production, a si fortement contrasté avec celle du reste de la distribution qu’elle a fait penser à un travail personnel, plutôt que faisant partie du "package deal" de base. Michel Sénéchal, qui aimait et réussissait si bien ces rôles de composition, n’aurait pas mieux fait.

L’Orchestre : la fausse note

Hélas, c’est l’orchestre, pourtant rompu à l’exercice, sous la direction de Daniele Callegari, bon connaisseur lui aussi du sujet, qui a fait défaut. Dès les premières notes il s’est montré sec, raide et sans envol. Il a accompagné certes les chanteurs sans chercher à s’imposer, mais il a surligné sa présence lors des intermèdes avec une telle force et un tel entrain que l’on aurait, par moments, pu penser que l’Empereur du Japon en personne allait faire son entrée sur scène. De plus, et ce n’a pas été le moindre défaut, il n’a pas réussi à donner aux magnifiques choeurs l’importance vocale mais aussi dramatique (l’arrivée de la fiancée, la nuit tombante sur Nagasaki) qui est la leur.

Madama Butterfly, opéra en trois actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi illica .
Coproduction du Gran Teatre del Liceu et du Royal Opera House Covent Garden. Orchestre et ch ?ur du Gran Teatre del Liceu. Direction musicale de Daniele Callegari. Mise en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier. Reprise de Justin Way. Décors Christian Fenouillat. Habillage Agostino Cavalca. Eclairages Christophe Forey. Chanteurs (le 20 juillet) : Patricia Racette, Marie Nicole Lemieux, Stefano Secco, Fabio Capitanucci, Francisco Vas, Roberto Accurso, Ievgueni Orlov et autres.

Barcelone - Gran Teatre del Liceu les 20, 21, 23, 24, 25, 26, 27 et 29 juillet 2013.

www.liceubarcelona.cat

Photos : A. Bofill

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