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Critiques / Théâtre

Ma Comédie Française de Jean-Marie Galey

par Gilles Costaz

Western rue de Richelieu

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Le théâtre aime parler du théâtre : histoires d’acteurs, histoires d’auteurs, histoires de directeurs... La saison passée, Edmond d’Alexis Michalik, qui a été un grand succès, contait de façon fantaisiste la création de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Pas de liberté avec la vérité, au contraire, dans Ma Comédie Française tiré par Jean-Marie Galey du livre qu’il avait publié il y a une quinzaine d’années. Car ce spectacle ne contient que sa propre vie, sa propre expérience, lorsqu’en 1999, Jean-Pierre Miquel l’engagea comme pensionnaire de la Comédie-Française. Une fois le contrat signé, il devait faire de petits rôles puis prendre une place normale dans la troupe de la rue de Richelieu. On le laisse jouer Trissotin dans Les Femmes savantes, mais en tournée, là où il n’est pas vu par la presse et les professionnels. Puis pas mal de comédiens installés aux rangs les plus élevés se liguent contre lui. Il se maintient, apprend toujours par hasard ce qui va lui arriver (et qui le repousse dans les marges, interdit toute ascension) et reçoit au bout du compte un congé totalement illégal puisque le contrat portait au minimum sur deux ans. Galey s’en va, ne cachant pas qu’il compte faire un livre sur sa mésaventure. On essaie de l’en empêcher, on lui propose de l’argent pour qu’il se taise... Le livre paraîtra, et c’est une pièce à présent, bien plus tard.
Jean-Marie Galey a composé un pamphlet à l’ancienne, au style imagé et parodique, où les noms sont tous remplacés par des sobriquets, à commencer par le sien : il s’est rebaptisé Ferdinand Quetsch – double hommage au Chveik de Hasek et Brecht et à Philippe Caubère -, d’autres ont des noms lointains ou distordus – Dom Miguel pour Jean-Pierre Miquel, Siméon Maîme pour Simon Eine, Diesel pour Catherine Hiegel, Gaston Pantalon pour Alain Pralon, la Grande Catherine pour Catherine Samie (si nous avons identifié correctement ces patronymes masqués)... Galey joue en solitaire son personnage. Autour de lui, quelques images et quelques accessoires, et, suspendu au mur, un prétendu fauteuil de Molière qui menace de tomber. L’acteur a les moyens des interprètes de la maison de Molière : voix grave, physique avec moustache et barbe courte qui le fait ressembler en même temps à d’Artagnan et à Molière, grande mobilité. A chacune des phrases, à la moindre de ses estocades, il fait mouche. La mise en scène de Teresa Ovidio s’appuie à la fois sur la moquerie du cérémonial (ce Ferdinand Quetsch se déplace dans un grandiose poussiéreux) et sur le climat du western. En effet, Quetsch-Galey enfant avait séduit sa famille par la pertinence de ses remarques à la fin de la projection d’un film de cow-boys. Le western devient donc le fil secret de la soirée. Quelques chansons célèbres de films de John Ford ou de Howard Hawks viennent ponctuer le combat du héros qui reçoit flèches et coups de fusil à longueur de journée. Il y a un côté vengeance de Zorro dans cette réplique à l’adversité, mais avec la classe et la truculence littéraire d’un rebelle à cheval sur les principes, en scène comme en coulisses.

Ma Comédie Française, « un naïf dans la Maison de Molière », de Jean-Marie Galey, mise en scène de Teresa Ovidio, lumière de Franck Thévenon, son de Thomas Gauder, avec Jean-Marie Galey. Le livre de Jean-Marie Galey, comédie française, roman, a paru aux éditions l’Archipel.

Le Petit Louvre, Avignon, 11 h, tél. : 04 32 76 02 79, jusqu’au 30 juillet (relâche le 25 juillet). (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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