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Critiques / Opéra & Classique

MITHRIDATE de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

Des voix pour l’opéra, des actes comme au théâtre

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Les démêlés politiques, familiaux et amoureux de Mithridate, roi du Pont, né en 134 av. JC avec ses deux fils et sa promise ont inspiré à Racine une tragédie où les alexandrins tiennent lieu de musique. Mozart, à peine âgé de 14 ans, les trouva à son goût et décida d’en faire son premier grand opéra sur des dialogues que lui concocta le poète et librettiste Vittorio Amadeo Cigna-Santi.

Mithridate en guerre contre Rome se fait passer pour mort afin de sonder les caractères de ses deux fils, tous deux amoureux de sa promise Aspasie (Monime chez Racine). L’antiquité dans ses splendeurs, ses guerres et ses passions contrariées. Comment échapper au péplum et à ses attributs lorsqu’il s’agit aujourd’hui de les mettre en scène ?

Clément Hervieu-Léger, jeune pensionnaire de la Comédie Française auquel Michel Franck patron du Théâtre des Champs Elysées avait déjà fait appel pour La Didone de Cavalli (voir WT 3261 du 18 avril 2012) a sans doute pensé qu’il fallait faire « comme chez soi » transférer l’intrigue et ses rebondissements dans un théâtre. Théâtre dans le théâtre, l’idée n’est guère neuve, elle a même pris des rides à force d’être utilisée et usée… Ici la manière l’emporte. Dans le théâtre un peu vieillot mais néanmoins élégant reconstitué sur scène (scénographie d’Éric Ruf l’actuel administrateur général de la maison de Molière) la troupe répète Mithridate. Celui de Mozart.

La distribution est faite. Les uns, les autres déchiffrent la partition et le livret. Le déjà vu du système s’estompe peu à peu au fur et à mesure que les comédiens chanteurs s’investissent dans leurs personnages jusqu’à les habiter à part entière, à faire rayonner leurs vies, tourner le manège de leurs destins. A défaut d’originalité, la mise en scène d’Hervieu-Léger se distingue par une direction d’acteurs fouillée jusqu’à l’intime.

Un défi tant la musique de cet ado génial qu’était Mozart est faite d’une pâte semée de pièges : 22 arias virtuose boisent la forêt de cet opera seria bâti dans les règles de l’art. Des récitatifs, des airs en trilles, en vrilles, da capo en veux-tu en voilà. Des personnages secondaires imprévus – habilleuse, régisseurs, enfants, … - servent de points d’appuis aux chanteurs qui grâce à leur présence peuvent varier le jeu des airs se répétant à l’infini.


Ils exigent il est vrai des voix d’exception. Tout Mozart est déjà là, dans sa beauté, ses défis et ses bravades. Elles sont ici merveilleusement réunies. Trois timbres féminins dominent : Patricia Petibon a pour Aspasie, la femme désirée par trois hommes, un bouquet de couleurs aux nuances bigarrées, des aigus aériens et de la grâce dans les graves. La soprano Myrto Papatanasiu, longue et souple de corps et de voix, a l’autorité et l’ardeur du jeune premier Xipharès, celui qui aime et est aimé. La blonde Sabine Devieilhe apporte sa fausse fragilité et la vraie légèreté de ses aigus à Ismène, personnage tout juste cité chez Racine auquel Mozart donne une vraie présence et des arias. Mithridate quant à lui, rôle jugé inchantable pour ses aigus redoutables dégringolant en graves abyssaux, trouve en Michael Spyres, un défenseur n’ayant peur de rien. L’humanité, la densité qu’il apporte à ce roi malheureux compense largement quelques faiblesses inévitables. Christophe Dumaux, seul contre-ténor, fait le méchant avec conviction en Pharnace, fils indigne et amoureux transi.

Emmanuelle Haïm met son Concert d’Astrée au service de ces voix précieuses, au service de cette musique généreuse qui annonce tout le Mozart en devenir. Elle en possède et l’énergie et la délicatesse avec en prime une palette de carnations qui en habillent la musique sur mesure, à la façon des grands couturiers.

Mithridate de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Vittorio Amadeo Cigna-Santi, d’après la tragédie éponyme de Racine. Le Concert d’Astrée, direction Emmanuelle Haïm, mise en scène Clément Hervieu-Léger, scénographie Éric Ruf, costumes Caroline de Vivaise, lumières Bertrand Couderc. Avec Michael Spyres, Patricia Petibon, Myrto Papatanasiu, Christophe Dumaux, Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Jaël Azzaretti.

Théâtre des Champs Elysées, les 11, 16, 18 & 20 février à 19h30, le 14 à 17h.

01 49 52 50 50 – contact theatredeschampselysees.fr

Photos Vincent Pontet

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