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Critiques / Opéra & Classique

MARIA STUARDA de Gaetano Donizetti

par Caroline Alexander

Aleksandra Kurzak, Carmen Giannattasio : à la découverte de voix encore peu entendues en France

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Ce 43ème opéra de Gaetano Donizetti qui en composa 71 – ce qui lui valut le surnom de « Dozzinetti » (à la douzaine) dans sa ville natale de Bergame, est bien moins connu que ses Don Pasquale, Lucia di Lammermoor ou autre Elisir d’Amore. La raison de sa relative mise en quarantaine tient sans doute à la nécessité de lui trouver deux cantatrices de niveau culminant, des monstres sacrés pour ainsi dire, capables de s’affronter en tête à tête comme l’exige la ravageuse scène du deuxième acte.

Deux reines, Elisabeth 1ère, l’anglicane souveraine d’Angleterre et sa cousine et prisonnière Marie Stuart, la catholique reine d’Ecosse se narguent en brutalité dans une scène d’anthologie. L’occasion ici de découvrir au Théâtre des Champs Elysées de Paris deux sopranos rarement entendues en France : la polonaise Aleksandra Kurzak et l’italienne Carmen Giannattasio dans des rôles où quelques « monstres sacrés » firent des étincelles (Montserrat Caballé, Joan Sutherland….). Pour la première, dans le rôle-titre, l’aventure est neuve alors que la seconde a déjà été Elisabeth, reine vierge et sanguinaire, à Londres et à Barcelone où cette co-production signée Moshe Leiser et Patrice Caurier a déjà été présentée. (voir WT 4449 du 8 janvier 2015, le compte-rendu de Jaime Estapa).

Toutes deux relèvent le challenge ! En particulier la jeune polonaise qui succède à de Joyce di Donato, ce qui en double le défi. Timbre léger capable de se teinter de couleurs nocturnes, sons filés prenant leur envol comme des moineaux apeurés, elle compose une Marie Stuart émouvante plus princesse que reine, avec la fragilité et les colères explosées d’une femme restée adolescente. Du pur bel-canto romantique ! Carmen Giannattasio lui oppose la sécheresse d’une tessiture beaucoup moins nuancée, hissant ses aigus jusqu’aux cris de l’hystérie. Sa puissance vocale pourrait faire trembler des vitres. Elisabeth, la puritaine aveuglée de jalousie n’en demande pas tant. Car si les deux femmes sont rivales en termes de trônes (ce qui est conforme à la réalité historique) elles le sont aussi en termes d’amour, puisque éprises du même homme, le comte de Leicester (ce qui est une fiction dramatique que Donizetti puisa dans la tragédie éponyme de l’allemand Friedrich von Schiller).

Manque de direction d’acteurs

La direction d’acteurs a manifestement manqué à cette reprise qui pour Paris était pourtant une première, les deux metteurs en scène en ayant apparemment laissé le soin à un assistant. Dommage pour le caractère des deux femmes soudain emmurées dans leurs carcans, surtout Elisabeth qui perd toute sensualité dans ses rapports avec son ancien amant. Dommage pour celui-ci, rôle déjà sacrifié par le compositeur, pourtant vaillamment défendu par le ténor Francesco Demuro qui ici en est réduit à faire le pantin de ces dames. Les graves de la basse Carlo Colombara apportent une belle dose de chaleur humaine à Talbot, l’ami du malheureux comte, le confident le la reine condamnée. Christian Helmer, baryton-basse joue les méchants en mauvais génie d’Elisabeth, Sophie Pondjiclis complète la distribution en confidente zélée.

Faire cohabiter les époques

Si les chanteurs avaient été plus finement orientés dans leurs personnages, la mise en scène du duo Leiser-Caurier, comme toujours habile, lisible et dénuée de provocation, aurait davantage atteint ses cibles. L’idée de faire cohabiter les époques et les siècles n’est certes pas neuve, mais elle prend ici une dimension à la fois poétique et politique. Les ombres ocre de Westminster et de Big Ben à Londres, les canapés de cuir anglais, du premier acte, les murs blancs de la prison, les portes noires de ses cachots, les vidéos de la nature absente, le glacis de la salle d’exécution… Tout se passe comme si c’était aujourd’hui et maintenant, depuis les chapeaux moulés sur ceux de notre Elisabeth II aux tenues ordinaires de notre quotidien. Exemption majeure faite pour les deux souveraines en crinolines, perruques et riches soieries. Leiser et Caurier les ont voulues dans un temps révolu. Elles en sont d’autant plus présentes.

Montée musicale de la théâtralité

Daniele Callegari dirige en finesse l’Orchestre de Chambre de Paris, ménageant, « manageant » avec élégance la montée musicale de la théâtralité de ce presque huis clos de passion et de haine. De la mélancolie de la harpe à l’explosion des cors de chasse, jusqu’au coup de grâce de la hache mortelle, Donizetti est servi dans ses variations et ses couleurs.

Maria Stuarda de Gaetano Donizetti, livret de Giuseppe Bardari d’après la tragédie éponyme de Friedrich Schiller. Orchestre de Chambre de Paris, direction Daniele Callegari, chœur du Théâtre des Champs Elysées, direction Patrick-Marie Aubert, mise en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier reprise par Gilles Ricot, décors Christian Fenouillat, costumes Agostino Cavalca, lumières Christophe Forey. Avec Aleksandra Kurzak, Carmen Giannattasio, Francesco Demuro, Carlo Colombara, Christian Helmer, Sophie Pondjiclis, Alexandre Pivette (rôle muet du bourreau) .

Théâtre des Champs Elysées, les 18, 20, 23, 25, 27 juin à 19h30

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Photos Vincent Pontet

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